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Basta !/Camille François Sociologue, spécialiste des classes populaires, des politiques urbaines et des inégalités sociales face à la Justice
Les expulsions locatives en hausse : « C’est avant tout un problème de loyers impayables »
#logement #expulsionsLocatives #loyers
Article mis en ligne le 23 mars 2026
dernière modification le 17 mars 2026

De plus en plus de personnes sont expulsées de leur logement par la police. Mais les mises à la rue ne sont jamais inéluctables. Le sociologue Camille François a étudié les étapes de la chaîne de l’expulsion, de l’endettement à la perte du domicile.

(...) Avec l’actualité législative autour de la loi Kasbarian-Bergé contre l’occupation illicite des logements, on a donné beaucoup la parole à des propriétaires, petits ou grands – puisqu’en fait, ce qu’est un petit propriétaire n’est pas véritablement défini. À l’inverse, on a très peu entendu les familles privées de logement, qui sont contraintes – parce qu’elles ne le font jamais de gaieté de cœur – de s’abriter des rigueurs de la rue, du froid, de la violence de l’espace public. Je ne sais pas si ces gens-là s’imaginent ce que ça veut dire de dormir dans la rue aujourd’hui. (...)

Ce que je reproche aux petits propriétaires, et surtout à leurs porte-parole, c’est de ne pas s’appliquer à eux-mêmes la morale capitaliste qui est la leur. On ne demande jamais au corps social de pleurer des larmes de crocodile sur la situation des investisseurs en bourse qui perdent leur mise. Les propriétaires, c’est une catégorie de ménages qui veut le profit et la pitié.

Dès l’introduction de votre ouvrage De gré et de force, vous parlez de l’indifférence quasi générale à la question des expulsions locatives et au sort des personnes mises à la rue. Pourquoi, selon vous, faut-il s’y intéresser ?

Pour moi, les expulsions sont l’un des observatoires privilégiés lorsque l’on veut à la fois étudier et lutter contre les inégalités et la pauvreté. Paradoxalement, il y a assez peu d’études là-dessus et peu d’intérêt ou de curiosité du public et des médias pour ce sujet. Dans mon livre, j’ai essayé de formuler plusieurs hypothèses pour expliquer ce paradoxe de l’invisibilité des expulsions. (...)

D’une part, les situations d’expulsion font l’objet d’un stigmate, notamment les situations d’expulsion pour dettes. (...)

L’autre raison, c’est qu’avec les expulsions locatives, on est face à une action de l’État qui arrive à produire sa propre invisibilité. (...)

Nous connaissons en France une hausse très importante des expulsions depuis une vingtaine d’années. Si on compare avec le début des années 2000, on est sur une augmentation de l’ordre de 200 %. C’est une multiplication par trois en un peu plus de 20 ans.

Cette augmentation du nombre d’interventions de la police, donc d’expulsions manu militari, a été beaucoup plus importante que le nombre de procès intentés par les propriétaires. (...)

Ce qui veut dire que s’il y a plus d’expulsions en France, ce n’est pas simplement la conséquence du fait qu’il y aurait davantage de dettes. C’est aussi que l’État s’est mis à expulser plus fréquemment et plus rapidement que par le passé.

Aujourd’hui, lorsque les propriétaires bailleurs ont un jugement d’expulsion et demandent le concours de la force publique, si l’État n’applique pas ce concours dans un délai fixé par la loi, alors les propriétaires bailleurs peuvent demander à l’État de leur rembourser une partie de la dette des locataires. Chaque année, des millions d’euros sont dédiés par l’État à cette indemnisation. Le choix d’expulser plus, pour le ministère de l’Intérieur, est donc lié à une volonté budgétaire. (...)

S’il y a des loyers impayés en France, c’est, dans la plupart des cas, parce que ces loyers sont impayables. Il y a une déconnexion croissante, et à mon avis intenable à terme, entre l’évolution des loyers d’une part, et l’évolution des revenus de la population d’autre part (...)

Les expulsions sont à la fois les symptômes et les conséquences d’un processus qui accroît les inégalités par le haut et par le bas. Par le haut, parce que ces mécaniques de spéculation immobilière viennent enrichir les propriétaires de logements, qui sont déjà les ménages les plus fortunés. Et par le bas, parce que cela vient appauvrir les familles qui étaient déjà pauvres (...)

le choix est de s’en prendre aux familles mal logées et aux familles pauvres plutôt qu’au mal-logement et à la pauvreté. (...)

Les expulsions ne sont jamais obligatoires et elles sont même un mauvais calcul économique pour les finances publiques. En vérité, le montant dédié à l’indemnisation des bailleurs coûte moins cher, paradoxalement, que d’appliquer les décisions de justice et de mettre les familles à la rue. (...)

Les expulsions locatives en hausse : « C’est avant tout un problème de loyers impayables » (...)

De plus en plus de personnes sont expulsées de leur logement par la police. Mais les mises à la rue ne sont jamais inéluctables. Le sociologue Camille François a étudié les étapes de la chaîne de l’expulsion, de l’endettement à la perte du domicile. (...)