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« On a besoin de se dire que cette fois, ça va marcher » : à Montpellier, le mouvement du 10 septembre s’organise
#resistances #10septembre #10septembre2025 #bloquonstout #Montpellier
Article mis en ligne le 30 août 2025
dernière modification le 28 août 2025

Au moins deux cents personnes se sont réunies mardi soir pour préparer le mouvement social du 10 septembre. « Gilets jaunes », syndicalistes, étudiants, militants pro-Palestine ont appelé à une convergence des luttes et à se mobiliser, malgré la chute probable du gouvernement.

Deux bonnes heures à se passer le micro, à lancer des idées, des revendications. À partager une colère contre le gouvernement, les puissants, le règne de l’argent qui ne ruisselle jamais sur « les petites gens ».

Assis·es sur les marches du Corum, le palais des congrès de Montpellier, deux cents personnes ont participé mardi 26 août à une assemblée générale en vue de la journée du 10 septembre et des appels à « tout bloquer » lancés après les annonces austéritaires de François Bayrou, à la mi-juillet.

À l’issue de cette assemblée générale sans leader – où les tours de parole étaient distribués par un volontaire quand deux autres se chargeaient de prendre des notes –, le principe d’un blocage des axes routiers le 10 septembre à l’aube suivi d’une manifestation à 11 heures à Montpellier a été voté, à main levée. (...)

La veille de cette AG, le premier ministre a annoncé qu’il engagerait la responsabilité de son gouvernement, le 8 septembre prochain, en convoquant une session extraordinaire de l’Assemblée nationale. Les chances de François Bayrou de rester au pouvoir sont quasi nulles, le PS et le RN ayant annoncé qu’ils voteraient contre la confiance.

Une chute imminente qui n’a en rien désamorcé la motivation des troupes, au sein de l’AG montpelliéraine. (...)

Une foule diverse : d’anciennes figures des « gilets jaunes », des syndicalistes (de Sud essentiellement) des secteurs de la chimie, du transport, de l’éducation et des collectivités territoriales, mais aussi des étudiantes et étudiants, des militantes et militants écologistes ou pro-Palestine et beaucoup d’autres se présentant comme de « simples » citoyennes et citoyens.

« Je représente un public non syndiqué, pas très politisé, et je côtoie des gens qui le sont encore moins », lance une jeune femme, Atsem de profession (agente territoriale spécialisée en école maternelle). La voix un peu tremblante, elle se dit pour une manifestation le 10 septembre – le sujet faisant alors débat. « Alors oui, c’est éculé les gauchos qui font chauffer des merguez, poursuit-elle d’un ton plus assuré. Mais c’est bien d’être ensemble et de se retrouver autour des mêmes revendications ! »
Revendications et comités

La question des revendications, justement, revient régulièrement dans les tours de parole, au lendemain de la conférence de presse de François Bayrou. « Son “désistement” a rebattu les cartes, concède Daniel en mimant les guillemets. Il est évident qu’il faudra faire quelques modifications. »

Les inégalités, l’injustice sociale, la volonté du gouvernement d’augmenter le budget de l’armement tout en prônant l’austérité sont autant de points abordés au micro. « Ils nous ruinent, il faut les ruiner aussi ! », préconise une femme, appelant à bloquer les centres commerciaux.

Cette assemblée générale est la quatrième depuis début août à Montpellier. La première a été initiée par les « gilets jaunes ». « On est partis à vingt et on est plus de deux cents ce soir », se réjouit Daniel, auprès de Mediapart. À travers ce mouvement du 10 septembre, il espère que « les gens qui sont en colère se regrouperont et manifesteront leur mal-être ». Ancien photographe artisan, il a arrêté de travailler à 68 ans et vit avec « une toute petite retraite ». Il exècre le gouvernement dont la ligne, peste-t-il, est « d’aider les riches au détriment des pauvres ».

Au cours de la soirée, la répartition des tâches s’organise en direct. Des comités se forment ou s’étoffent (...)

« Ce qui est important c’est la convergence des luttes ! », rebondit une femme, qui se présente comme ancienne « gilet jaune » et syndicaliste. Le soutien à la Palestine, la grève féministe, la cause environnementale sont tour à tour évoqués. « Il faut aussi aller voir les gens des quartiers populaires, appeler à réveiller la colère ! », propose un homme qui se présente comme « simple citoyen ». Observant une assemblée peu racisée, il poursuit : « Ici, on est en majorité des Blancs... Mais la société qui souffre, elle n’est pas que blanche ! », conclut-il, sous les applaudissements.

La question de la présence de l’extrême droite dans la mobilisation est plusieurs fois évoquée. « On disait que les “gilets jaunes” étaient d’extrême droite et là on entend encore ça, lance une femme arborant une chasuble jaune. Je ne crois pas que ce soit le cas et à vrai dire je m’en fous. L’important c’est que ce mouvement, il est parti de la base. » Un syndicaliste de Sud interpelle la foule : « Là, on est bien, on est entre gauchistes ! Mais attention à pas se faire bouffer et dépasser par l’extrême droite. Ils sont violents, ils sont dangereux et ils votent avec les bourgeois ! »

Plusieurs autres syndicalistes prennent la parole. « Le syndicat, ce n’est pas un but en soi mais c’est un outil, et les préavis de grève, on est là pour les fournir ! », avance l’une. « On fera le taf et on sera là », scande une autre, membre de Sud-Rail qui a d’ores et déjà déposé un préavis de grève pour le 10 septembre. (...)

Interrogé à l’issue de l’assemblée générale, Daniel abonde : « J’espère qu’on va reproduire un peu le schéma des “gilets jaunes” et la beauté de ce mouvement en sortant des sentiers battus. » Mais il avoue son pessimisme : « J’ai des réserves quant au résultat de nos actions. Je suis quelqu’un qui agit sans espoir mais je suis condamné à agir car je n’ai pas d’autre solution. »