Bandeau
Marie-Claude Saliceti
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
multinationales.org
100% du CAC40 a oeuvré contre les propositions de la Convention citoyenne pour le climat
Article mis en ligne le 5 mai 2021
dernière modification le 4 mai 2021

Le climat ? Oui, si c’est une excuse pour recevoir des aides publiques supplémentaires. Non, si c’est pour véritablement transformer notre système économique. C’est ainsi que l’on pourrait résumer la position générale du CAC40 durant cette année 2020 marquée par la pandémie de Covid-19. Nouvelle publication dans le cadre de notre campagne Allô Bercy ? Pas d’aides publiques aux grandes entreprises sans conditions.

Côté pile, les grands groupes français ont continué à clamer haut et fort durant cette année de pandémie leur attachement à la transition et à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Et ils ont redoublé d’ardeur pour défendre leurs solutions technologiques de prédilection auprès des pouvoirs publics (hydrogène, voiture électrique, numérisation etc.).

Côté face, directement ou à travers leurs lobbys, ces mêmes groupes se sont opposés à ce que ces aides publiques soient conditionnées sur le plan écologique ou climatique. Et ils ont également tout fait pour réduire à néant les propositions formulées au mois de juin dernier par la Convention citoyenne pour le climat, dont certaines auraient pu affecter certaines de leurs activités et processus productifs.
Le CAC40 en première ligne face aux “citoyens”

Dans son enquête Lobbys contre citoyens. Qui veut la peau de la convention pour le climat ?, l’Observatoire des multinationales a mis en lumière le travail de sape des industriels et de leurs alliés pour torpiller les propositions des « citoyens » avant même qu’elles ne parviennent à l’Assemblée nationale. Et ce alors qu’Emmanuel Macron s’était engagé à les transmettre « sans filtre » dans leur quasi-totalité. Ce travail de sape a particulièrement visé les propositions visant à encadrer ou limiter certaines activités ou certains biens de consommation problématiques, comme les liaisons aériennes inutiles, les SUV ou la publicité pour les produits polluants.

Plusieurs dirigeants du CAC40 ont manifesté publiquement leur opposition à la Convention climat. (...)

Comme toujours, cependant, le lobbying le plus discret et le plus efficace s’est déroulé à l’abri des regards. À travers l’action de ses principaux lobbys comme l’Afep (Association française des entreprises privées), le Cercle de l’Industrie, France Industrie et bien entendu le Medef, c’est en réalité le CAC40 dans son ensemble qui a fait bloc contre les propositions des « citoyens », et plus généralement contre toute forme de conditionnalités aux aides publiques aux entreprises [1].

Le résultat parle de lui-même. (...)

Deux visions contradictoires

À travers le débat sur les propositions de la Convention citoyenne, ce sont deux visions radicalement différentes de la lutte contre le changement climatique qui s’opposent. Du côté des « citoyens » et de leurs soutiens, notamment au sein des associations écologistes, on fait le constat que réduire nos émissions implique des changements ciblés, qui souvent ne concernent que les franges les plus aisées de la population (ceux qui prennent l’avion, par exemple), et qui requièrent l’intervention de la puissance publique sous la forme de régulations, voire d’interdictions, et une supervision des entreprises concernées pour s’assurer qu’elles jouent bien le jeu. Car parvenir à réduire effectivement nos émissions requiert des transformations structurelles, dont les grandes entreprises et les pouvoirs publics ont la responsabilité.

Pour le CAC40 et ses alliés, la seule intervention des pouvoirs publics qui vaille est d’ouvrir grand leur portefeuille pour que le secteur privé y puise autant d’argent que possible, sans avoir de comptes à rendre. Les grands groupes privilégient les solutions technologiques qui leur permettront de changer le moins possible leur modèle commercial et industriel. (...)

Elles refusent donc qu’on leur impose une quelconque forme de contrôle public ou citoyen de leur action climatique, même en contrepartie des aides qu’elles reçoivent – et surtout pas celle de réduire leurs dividendes.

Ce hiatus explique les évaluations contradictoires du plan de relance et de son impact pour le climat. (...)

Des engagements qui n’engagent à rien

Entre ces deux visions du monde, le gouvernement français a clairement tranché. Que ce soit au printemps 2020 à l’occasion de la mise en place des premières aides publiques Covid, à l’automne 2020 à l’occasion de l’examen de la loi de finances 2021 et du plan de relance, ou ce printemps lors du débat parlementaire sur la loi Climat et résilience, il a systématiquement opposé son veto à toute forme de condition climatique aux aides aux entreprises. Son argument ? Imposer des conditions contraignantes n’est pas nécessaire, puisque les entreprises concernées sont déjà « engagées » pour le climat... en annonçant qu’à court ou moyen terme une technologie viendrait leur permettre de réduire leurs émissions sans rien changer.

Posons donc la question : peut-on faire confiance aux grandes entreprises pour réduire effectivement et drastiquement leurs émissions de gaz à effet de serre (et du même coup les nôtres) sans intervention ni des pouvoirs publics ni des citoyens ? Ni leur performance passée ni les solutions qu’elles proposent aujourd’hui pour y parvenir n’incitent à l’optimisme.

Comme l’a montré Oxfam dans un récent rapport, seule une poignée de grands groupes français ont une stratégie en place pour réduire leurs émissions en phase avec les objectifs de l’Accord de Paris (...)

On ne peut qu’être frappé par le contraste entre l’empressement du CAC40 à reprendre le plus vite possible la distribution massive de dividendes, avec déjà à nouveau plus de 51 milliards d’euros versés aux actionnaires cette année, et son refus de s’engager dans une véritable trajectoire de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre. Non seulement les grandes entreprises sont parvenues jusqu’à présent à éviter toute réelle obligation climatique en contrepartie des aides publiques reçues, mais elles ont réussi à capter une immense partie de ces aides à leur profit pour financer des technologies contestables et qui ne sont pas à la hauteur de l’urgence climatique.

N’est-il pas temps de mettre les grandes entreprises face à leurs vraies responsabilités climatiques - ou à défaut de rediriger l’argent public qu’elles reçoivent vers d’autres acteurs - collectivités locales, secteur non lucratif, PME - mieux placés et beaucoup plus motivés pour engager une véritable transition, à la hauteur de l’urgence climatique ?