Les Etats membres de l’organisation régionale ont décidé de fermer leurs frontières avec le Mali, où la junte militaire rechigne à rendre le pouvoir aux civils.
La gare de bus de la compagnie Africa Tours Trans, à Bamako, n’est que l’ombre de la fourmilière habituelle depuis que, sous l’effet des sanctions ouest-africaines, les principales frontières routières du Mali sont fermées et que les bus circulent moins. (...)
En fond sonore, une télévision diffuse des feuilletons ouest-africains à l’eau de rose devant plusieurs dizaines de passagers désabusés. Leurs bagages, prêts pour l’embarquement, traînent au soleil depuis qu’on leur a annoncé, à l’aube, l’annulation de leur bus. (...)
Le Mali, où la junte militaire n’a pas tenu ses engagements après avoir promis de rendre le pouvoir aux civils en février 2022 après deux putschs, a été frappé de sanctions par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), dont les Etats membres ont décidé de fermer leurs frontières avec le pays. Seules restent ouvertes les routes vers la Mauritanie, l’Algérie – qui ne font pas partie de la Cédéao – et la Guinée. Cette dernière, membre de l’organisation, en a été suspendue après avoir connu elle-même un coup d’Etat ; et les militaires qui la dirigent ont décidé de laisser ouverte la frontière avec le Mali. (...)
Le Mali est un nœud du transport routier ouest-africain. Le pays est certes enclavé mais immense. La capitale, Bamako, est incontournable quand on veut voyager du Sénégal, de la Gambie ou de la Mauritanie vers le reste de l’Afrique de l’Ouest. (...)
Des passagers débarqués à la frontière
Pour les nombreuses compagnies de bus basées à Bamako, l’annonce de ces sanctions a été comme une double peine : la pandémie de Covid-19 a déjà causé la fermeture de plusieurs frontières terrestres dans la sous-région. « Avec les sanctions qui viennent s’ajouter, ça va faire empirer le problème », dit Yaya Zakaria Touré, représentant d’Africa Tours Trans (...)
Nombreuses sont les compagnies qui continuent d’opérer en débarquant leurs passagers à quelques mètres de la frontière. A ces derniers, ensuite, de traverser à pied et bagages en main ces frontières souvent poreuses pour prendre un autre bus de l’autre côté. « A la frontière avec la Côte d’Ivoire, fermée depuis deux ans avec le coronavirus, c’est comme ça qu’on fait », raconte un chauffeur de bus.
Celui d’Africa Tours Trans n’a pas bougé de la matinée. Les Maliens qui pouvaient rentrer chez eux l’ont fait. Les autres, souvent étrangers sans logement ni proche dans la capitale, restent sur les bancs de la gare. (...)