
Originaires de Colombie, de Bolivie, du Pérou, de Cuba ou encore de République Dominicaine, environ 150 sans-papiers et réfugiés statutaires ont été évacués le 30 juillet d’un entrepôt qu’ils avaient entièrement réaménagé à Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis. Depuis, ces jeunes hommes et familles avec enfants dorment dans des tentes à côté de la mairie de la ville, dans l’attente de solutions de relogement.
Ce jeudi 22 août en milieu d’après-midi, la vie quotidienne semble suivre son cours, presque comme si de rien n’était. Ces familles vivent pourtant sur un bout de trottoir, dans un campement de fortune installé dans la ville de Saint-Ouen, au nord de Paris, et pour le moment autorisé par la préfecture jusqu’au 25 août. (...)
La Ville avait lancé une procédure d’expulsion, appliquée le 30 juillet par la préfecture de Seine-Saint-Denis.
"Même les policiers ont fait ’wahou’ en voyant le squat"
Ici, personne ne dénigre l’ancien lieu d’habitation. "C’était un squat oui, mais un squat de luxe !", souligne une femme. "On avait chacun notre espace, c’était grand", souffle à son tour Nancy Adrian, arrivée de Bolivie en 2018 avec son fils d’une dizaine d’années. Elle n’avait qu’un simple visa touristique pour rejoindre son mari, qui vivait en France depuis 2014. Sans-papiers, il travaille "en negro" ["au noir"] dans le BTP, comme beaucoup des hommes du campement.
"On n’est pas des voleurs et on ne veut pas être assistés : on travaille tous déjà ! Il nous faut des papiers et un logement… qu’on paiera !", s’émeut Nancy. (...)
L’entrepôt abritait quelques hommes seuls mais surtout des familles, 48 au total, majoritairement colombiennes mais aussi boliviennes, cubaines, péruviennes ou dominicaines. Certaines ont fui leur pays pour des raisons économiques, d’autres pour des motifs politiques. "Il y a autant de situations que de personnes", explique Liliana, membre du collectif citoyen "La Casa En El Aire", qui tente de leur venir en aide. (...)
Dans un communiqué publié le 7 août, le préfet de Seine-Saint-Denis avait justifié l’expulsion par la construction prochaine d’une école par la mairie de Saint-Ouen, et en arguant qu’il y avait des failles au niveau de la sécurité : le site présentait "des risques avérés d’incendie".
Selon la préfecture, les services de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii) ont été saisis pour procéder à un examen des situations "concernant la qualité de réfugiés de certaines personnes". Elle précise par ailleurs que l’expulsion avait été "précédée de la réalisation d’un diagnostic sanitaire" qui a permis "d’assurer la prise en charge individuelle des personnes les plus fragiles au plan médico-social". Ainsi, "28 familles ont bénéficié de ce dispositif exceptionnel et ont notamment reçu des propositions de mise à l’abri". (...)
Des déclarations contestées par l’association du Droit Au Logement, le DAL, qui suit le dossier depuis le lancement de la procédure d’expulsion. Si certaines personnes ont été logées, elles l’ont été dans des "hôtels taudis", et d’autres sont toujours "sans solution" de relogement, estime Jean Guerrier, président du DAL Saint-Ouen, venu rendre visite aux expulsés. "Nous interpellons la mairie, l’Etat, pour qu’une solution soit trouvée pour ces personnes et que le nécessaire soit fait pour leur régularisation ou dépôt de demande d’asile", enchaîne-t-il.
Inquiétudes à l’approche de la rentrée des classes
Pour le moment, les discussions sont au point mort. Par voie de communiqué le 8 août, la mairie de Saint-Ouen s’en remet aux autorités étatiques. "En aucun cas, le Maire et sa majorité municipale ne peuvent être tenus pour responsables de la situation et de la présence de ces personnes sur le territoire français ainsi que dans un bâtiment désaffecté et voué à la démolition dans le seul but d’y construire un groupe scolaire. Si des solutions doivent être trouvées pour ces personnes, il appartient exclusivement à l’Etat d’y pourvoir", insiste le texte. (...)
Le Maire, William Delannoy, estime "s’en tenir à [son] rôle" : "Je dois apporter des solutions de relogement prioritairement aux Audoniens qui ne comprendraient pas, après des années d’attente, de voir le maire attribuer des logements à des Colombiens." (...)
Mais sur place, certains habitants de Saint-Ouen refusent cette distinction Français/Colombiens. (...)
"C’est vrai que tout le monde est très uni", reconnaît la Bolivienne Nancy Adrian en assurant que certains habitants et associations ont ouvert leurs portes pour faire profiter de leurs douches et toilettes. Reste que pour elle, trouver une solution devient urgent : "Mon fils se croit au ’camping’, mais ce n’est pas tenable". Dans moins de deux semaines, comme beaucoup des enfants du campement, il reprendra la classe. La rentrée est prévue le lundi 2 septembre et Nancy, comme toute mère de famille, aimerait que son fils ait un toit sur la tête avant d’aller s’asseoir sur les bancs de l’école.