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Marie-Claude Saliceti
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l’ Express
Amiens : "Les émeutes n’ont rien d’un jeu : c’est un cri de rage"
Article mis en ligne le 15 août 2012
dernière modification le 20 août 2012

Une centaine de jeunes des quartiers nord d’Amiens s’en sont pris aux forces de l’ordre à coups de coups de tirs de chevrotine, de mortier de feux d’artifice et des jets de projectiles.

Décryprage avec Laurent Mucchielli, sociologue spécialiste des questions de délinquance.

(...) Les quartiers nord d’Amiens sont particulièrement démunis. Ce n’est pas pour rien qu’ils ont été classés dans les quinze zones prioritaires. Le taux de chômage et l’échec scolaire y sont aussi forts que dans n’importe banlieue française. Il y a très régulièrement des heurts, même si on n’avait jamais atteint le niveau de cette nuit. Le contrôle de police, aussi anecdotique soit-il, a mis le feu au poudre et déclenché la vague de violences. C’est simplement la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. (...)

Il s’agit d’un cri de rage et de colère. Contre le chômage qui n’a jamais été aussi élevé. Contre l’échec scolaire également qui atteint dans les quartiers défavorisés des taux énormes.
(...)

Comme dans tous les groupes humains, il y a des leaders. Ils peuvent lancer le mouvement, mais cela ne suffit pas à expliquer pourquoi les autres suivent. Il faut vraiment voir ces heurts comme une émotion collective qui survient à la suite d’un problème, qui implique généralement la police. Tous les jeunes qui y participent sont unis par une même situation sociale. En étudiant les émeutes de 2005, on a remarqué qu’il y a plusieurs niveaux de participation : il y a les leaders, les suiveurs qui participent à l’action, mais également ceux qui sont sur le trottoir et qui encouragent et ceux qui regardent depuis leur fenêtre. Lorsqu’on demande aux deux dernières catégories ce qu’elles pensent de ces violences, la majorité n’approuve pas le fait que les écoles des gamins soient détruites ou que les voitures des voisins soient brûlées, mais comprennent pourquoi les jeunes ont agi ainsi. Et pour cause : ils partagent bien souvent le désarroi des casseurs. (...)