Pour la chercheuse Janani Vivekananda, le changement climatique a considérablement accru la vulnérabilité des communautés sahéliennes, contraintes de se déplacer fréquemment et confrontées à Boko Haram.
Les températures augmentent une fois et demie plus vite au Sahel que dans le reste du monde à cause du dérèglement climatique. Les saisons des pluies sont de plus en plus courtes et difficiles à prévoir. Janani Vivekananda, chercheuse au think tank allemand Adelphi, détaille les répercussions que ce phénomène mondial produit déjà dans cette région, qui vit une augmentation préoccupante de la violence : 1 686 morts en 2018 rien qu’au Mali contre 320 en 2016.
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Ce qui touche le plus les populations : l’imprévisibilité croissante des pluies. Ce phénomène rend difficile l’agriculture, dont les revenus de nombreux habitants de la région dépendent. Les cultivateurs essayent de s’adapter en changeant leurs types de cultures. Mais comme ils ne savent pas quand la pluie arrivera, ils ne savent pas quand changer de type de semences. Cette imprévisibilité s’aggrave d’année en année. Les paysans épuisent leurs ressources et se retrouvent dans des situations de détresse. A cela s’ajoute le renforcement des événements météorologiques extrêmes (...)
Rendues vulnérables, les populations se déplacent et se concentrent dans des zones où les tensions sur les ressources se trouvent démultipliées. A cela s’ajoute la faible gouvernance des pays du Sahel, dont les Etats peinent à contrôler la totalité du territoire. Ce cocktail rend les possibilités d’adaptation au changement climatique plus difficiles. (...)
A cause du changement climatique, les communautés ont perdu leurs moyens de résilience ancestraux. Auparavant, lors des déplacements causés par des catastrophes naturelles, il existait une forte culture de générosité et d’hospitalité. Avec l’accroissement de la vulnérabilité des habitants, ces réflexes sont de moins en moins tenables. (...)
il subsistait des mécanismes de résolution de conflit entre communautés. Dorénavant, à cause du manque d’eau et de la forte présence militaire et de milices armées autour du lac, elles ne peuvent plus les maintenir : beaucoup de leaders, qui jugeaient les différends, ont été tués. Les gens ne peuvent plus attendre la prochaine récolte pour obtenir compensation en cas de vol. En plus de cela, la task force militaire multinationalea limité l’accès aux îles du lac, très importantes pour la pêche et l’élevage. Ils en ont expulsé les populations et ont fermé le plus grand marché aux poissons, pensant que ce business de plusieurs millions de dollars finançait des groupes terroristes présents dans la région comme Boko Haram. Les populations s’en sont trouvées d’autant plus affaiblies. (...)
Ces stratégies ont appauvri les populations et augmenté leur ressentiment envers l’Etat. (...)
Fin juin, lors du renouvellement du mandat de la Minusma, la mission de l’ONU pour la stabilisation du Mali, les Etats-Unis ont réussi à faire supprimer du texte une mention sur la nécessité d’une meilleure compréhension et gestion des risques climatiques. (...)
L’adaptation à ces bouleversements peut devenir une opportunité pour ces régions. Alors que les stratégies de forte militarisation semblent peu efficaces pour résoudre les conflits, l’aide aux communautés pour une meilleure adaptation leur apporte plus de résilience face à l’adversité. C’est aussi un moyen de redonner confiance dans les Etats, de reconstruire les fondations nécessaires pour maintenir la paix. Pour cela, les moyens d’action sont nombreux : un meilleur accès à l’information météorologique, aux microcrédits, l’investissement dans des infrastructures d’irrigation, ou encore le développement de l’énergie solaire.