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Marie-Claude Saliceti
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Mediapart
Au Texas, le trumpisme en marche
Article mis en ligne le 2 janvier 2022
dernière modification le 1er janvier 2022

Chaque jour passant, le Texas ressemble de plus en plus à une utopie (ou un cauchemar) trumpiste. Les républicains sont galvanisés par leur majorité solide au parlement local et par le score obtenu par l’ancien président dans cet État de 30 millions d’habitants.

(...) Fier de son esprit indépendant, sans doute hérité du temps où il était une république à part entière, le Texas ressemble moins aujourd’hui à la patrie de Davy Crockett, héros de la bataille légendaire de Fort Alamo en 1836, qu’à celle de Donald Trump.

Si, sous la présidence du milliardaire, les démocrates avaient renforcé leurs positions en Californie ou à New York, deux de leurs bastions, les républicains s’empressent désormais de transformer le Texas en véritable Éden trumpiste. Ils sont galvanisés par leur majorité solide au parlement local et par la victoire de l’ancien président (plus de 52 % des voix en 2020) dans cet État de 30 millions d’habitants grand comme la France. (...)

Des 666 lois entrées en vigueur le 1er septembre dernier, trois illustrent ce tournant droitier : le raccourcissement à environ six semaines de grossesse du délai légal pour recourir à un avortement, même en cas de viol et d’inceste ; l’autorisation donnée à tous les Texans de plus de 21 ans de porter une arme à feu, même sans permis ou formation, et l’encadrement des débats sur la race et le genre dans les écoles.

Particulièrement sournoise, cette dernière loi interdit notamment aux enseignants d’inclure dans leurs cours tout « concept qui créerait chez un individu de l’inconfort, de la culpabilité, de l’angoisse ou toute autre forme de détresse psychologique en raison du sexe ou de la race de cet individu ». Une manière de tuer dans l’œuf toute discussion sur le racisme. Dans le même temps, les conservateurs prennent d’assaut les school boards, des institutions obscures composées d’élus chargés de surveiller les politiques des districts scolaires, afin d’étendre leur influence sur les écoles.
Un gouverneur plus trumpiste que les trumpistes

Ces textes viennent s’ajouter à d’autres lois ratifiées par Greg Abbott, gouverneur républicain du Texas depuis 2014, et des décrets passés ces derniers mois. En effet, en vue de sa campagne de réélection en 2022, Abbott a à cœur de se montrer plus trumpiste que les trumpistes. Il a notamment interdit en octobre à « toute entité au Texas » d’obliger ses employés ou clients à se faire vacciner et a ratifié une loi destinée à lutter contre la « censure » des voix conservatrices sur les réseaux sociaux, un cheval de bataille de la droite pro-Trump. (...)

« En 2018, les démocrates ont remporté beaucoup de sièges au parlement texan, prenant les républicains de court. Ces derniers, se sentant menacés, multiplient donc les lois très conservatrices. Cette urgence a été amplifiée par le changement de camp de la Maison Blanche », analyse Mark Owens, professeur assistant en sciences politiques à l’université du Texas de Tyler, dans l’est de l’État.

Ce virage à tribord tient en grande partie à un homme : le sénateur d’État Bryan Hughes. Cet avocat évangélique, entré en politique en 2002 pour défendre la cause anti-avortement, est notamment le père de la loi restreignant l’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Extrêmement dure, elle a la particularité de donner à n’importe qui sur le territoire américain la possibilité de poursuivre en justice quiconque aide une femme à se faire avorter au Texas, des médecins jusqu’aux chauffeurs de taxi, au-delà du délai légal. (...)

La loi a valu à l’élu, encore inconnu l’an dernier, de devenir une star du parti républicain. (...)

Progression démocrate

Ce tournant conservateur est-il risqué dans un État dont la population est de moins en moins blanche ? En effet, les populations racisées représentent 95 % de l’augmentation démographique texane depuis 2010, alimentée en grande partie par l’afflux d’immigrés en provenance du Mexique voisin. L’élu balaie l’argument d’un revers de main. « Les jours du parti républicain ne sont pas comptés. Les sondages auprès de l’électorat hispanique grandissant montrent que la majorité est patriote, pro-vie, pro-armée… Ce sont des valeurs qu’incarnent les républicains. »

Il n’empêche que, depuis 2000, les démocrates ne cessent d’améliorer leur score aux présidentielles successives, passant de 38 % pour Al Gore en 2000 à 46,5 % pour Joe Biden vingt ans plus tard. À chaque élection, les commentateurs politiques se demandent si le Texas va enfin basculer à gauche. Mais les républicains, décidés à ne pas se laisser faire, s’activent pour conserver le pouvoir. (...)

Les républicains – maîtres du processus car contrôlant les deux chambres du parlement texan – ne se sont pas privés : ils ont concocté une nouvelle carte électorale à leur avantage. Comment ? En fusionnant des zones urbaines avec des territoires ruraux, plus blancs et conservateurs. Ou en regroupant tous les électeurs non blancs, traditionnellement démocrates, dans une seule circonscription pour diminuer leur pouvoir. Ainsi, dans la région de Dallas, symbole de ce procédé, l’électorat hispanique a été éclaté entre plusieurs circonscriptions de manière à diluer son impact. (...)

Depuis le début du processus de redécoupage, ce « DREAMer », nom donné aux immigrés sans papiers arrivés très jeunes aux États-Unis, tente de sensibiliser les membres de sa communauté aux conséquences des nouveaux tracés. Surtout, il insiste sur « le pouvoir de leur vote » car « ce découpage est un moyen de plus pour leur faire croire que leur voix n’a pas de poids et les décourager de s’impliquer dans la vie politique ».
Enthousiasme démocrate

Le Texas n’a pas eu de gouverneur démocrate depuis 1995, mais cela pourrait changer en 2022. (...)