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Marie-Claude Saliceti
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Le Monde Diplomatique
Bataille pour le droit d’avorter au Chili
Article mis en ligne le 8 octobre 2016
dernière modification le 7 octobre 2016

Une mobilisation massive a fait reculer le gouvernement polonais qui s’apprêtait à faire sauter les dérogations à l’interdiction d’avorter (autorisé uniquement en cas de viol, d’inceste, de risque grave pour le fœtus ou de danger de mort pour la femme)… La Pologne ne rejoindra donc pas la liste des pays où l’avortement est totalement illégal (voir « Statut légal de l’avortement dans le monde »), comme le Chili, toujours dans l’attente d’un vote du Sénat… Le droit des femmes à disposer de leur corps est une conquête non seulement difficile, mais fragile

Le droit à l’interruption de grossesse résulte d’une lutte âpre et de l’engagement d’une avant-garde éclairée, comme en témoigne le parcours de Sylvie Rosenberg-Reiner en France. Au Chili, la présidente socialiste Michelle Bachelet s’apprête à dépénaliser l’avortement pour certaines situations dramatiques (viol, malformation, etc.). Mais la loi en préparation renvoie toujours à la clandestinité des dizaines de milliers de femmes. (...)

En 2013, l’histoire de la petite Belén, enceinte à l’âge de 11 ans après avoir subi les viols répétés de son beau-père, a relancé le débat. L’année suivante, une fille de 13 ans, victime d’un viol, a été contrainte de mener sa grossesse à terme alors que le fœtus souffrait d’une pathologie grave. Le bébé n’a survécu que quelques heures après sa naissance. Au rythme de ces faits divers dramatiques, le Chili est rappelé à sa condition de pays doté d’une législation particulièrement rétrograde depuis l’interdiction totale décrétée dans les derniers mois de la dictature du général Augusto Pinochet.

Seuls une poignée d’autres Etats se montrent aussi répressifs : le Vatican, Malte, le Salvador, le Nicaragua, le Honduras, Haïti et le Surinam. Des voisins comme Cuba, Porto Rico, la ville de Mexico depuis 2007 ou l’Uruguay depuis 2012 autorisent l’avortement sans condition pendant les douze premières semaines de grossesse. D’autres pays de la région permettent quant à eux l’interruption de grossesse thérapeutique, dans une acception plus ou moins large. (...)

Depuis le retour de la démocratie, malgré une dizaine de tentatives parlementaires, la loi est restée en l’état, menaçant toute femme qui avorte de trois ans d’emprisonnement. Elles seraient pourtant entre 70 000 et 120 000 à courir ce risque tous les ans. Ce qui fait du Chili, assure la Dr Matamala Vivaldi, le pays « au taux d’avortement le plus élevé d’Amérique latine », aux côtés de la République dominicaine. L’absence de politique publique en matière de contraception induit des taux de grossesse non désirée particulièrement élevés. (...)

Depuis peu, des organisations féministes ont également structuré leur discours sur l’avortement en s’invitant dans le débat. C’est le cas de Miles, une association de défense des droits sexuels et reproductifs fondée en 2010, qui concentre ses revendications sur la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) thérapeutique ; une idée à laquelle adhéreraient entre 60 et 70 % des Chiliens, d’après de récents sondages (1).

D’autres organisations voudraient pousser le gouvernement à aller plus loin. Si elle ne compte qu’une centaine de militants actifs, la coordination Féministes en lutte, créée en 2014, a réussi à organiser trois marches en faveur du droit à l’IVG à Santiago.