Une étude scientifique indique que la masse anthropique — le poids de ce qui est fabriqué par les humains — dépasse celle des êtres vivants. Premier responsable : le secteur de la construction. Le poids des bâtiments et des infrastructures dépasse même celui des arbres. Et le plastique ? Il pèse deux fois plus que l’ensemble des animaux.
« L’humanité est devenue une force dominante dans le façonnage de la surface de la Terre », constatent les auteurs. Des résultats qui vont totalement à l’encontre de « l’apparente infinité du monde naturel ».
Les scientifiques font partir leur évaluation de 1900. Ils incluent dans la masse des êtres vivants celle des humains et de leur bétail, en plus, bien sûr, de celle des plantes, bactéries, champignons, animaux, etc. Le fait d’y additionner humains et bétail ne change pas grand-chose au résultat, ils ne représentant qu’une infime partie de la biomasse. « Une récente évaluation de la masse restante des êtres vivants […] a montré que, concernant le poids, les plantes en constituaient la grande majorité (90 %) », indiquent les chercheurs. Ils ont pu calculer que depuis le début du XXe siècle, le poids de la biomasse n’avait pas vraiment changé, et que globalement elle pesait 1,1 tératonne — une tératonne, c’est mille milliards de tonnes. (...)
La masse d’origine anthropique, elle, ne constituait en 1900 que 3 % de cette biomasse, explique l’article. Depuis, elle double tous les vingt ans pour aujourd’hui atteindre, donc, les 100 %, le même poids que la biomasse, 120 ans plus tard. (...)
« L’évolution de la masse anthropique est liée à des événements mondiaux, notent par ailleurs les auteurs. Comme les guerres mondiales et les crises économiques. » Les courbes montrent effectivement que la production d’objets manufacturés peut augmenter moins vite dans ces périodes, mais repart ensuite de plus belle, notamment juste après la Seconde Guerre mondiale, « une période appelée la “Grande accélération”. […] Si la tendance se confirme, la masse anthropique, déchets inclus, devrait excéder les trois tératonnes en 2040. » Soit presque trois fois le poids actuel des êtres vivants. (...)
Mais si ce concept d’Anthropocène montre le poids, réel et symbolique, des humains sur la planète, il ne montre pas que « tous les humains ne sont pas responsables à égalité de ce poids. Une visualisation géographique d’où se répartit cette masse anthropique serait intéressante », souligne Jean-Baptiste Jouffray. Certains préfèrent ainsi parler de Capitalocène, afin de souligner que l’emprise grandissante de l’espèce humaine sur Terre a commencé au moment et là où se développait le capitalisme.
Il appelle également à tirer les leçons de ces résultats scientifiques : « La question c’est maintenant que l’on sait cela, qu’est-ce qu’on fait ? Comment limiter les conséquences environnementales et sociales de cette masse anthropique dont la croissance semble exponentielle ? Si on assume que l’humain a cette capacité d’influence, on constate que pour l’instant c’est pour le pire, mais cela pourrait être pour le mieux. »