
La reprise de la chanson révolutionnaire italienne sonne-t-elle le glas de la gauche ? L’appropriation avérée par le marché de symboles de la gauche contribue à affaiblir celle-ci.
Depuis quelques semaines, une chanson révolutionnaire italienne est entonnée sur les plateaux télé. La signification de ce phénomène ne saurait échapper à l’analyse et à la critique... en ce domaine plus que jamais nécessaires.(...)
L’histoire de la chanson est en effet très sociale et très politique. Parti des rizières de la plaine du Pô, c’est finalement dans les maquis des partisans italiens combattant les Allemands et les Brigades noires de la République de Salo que le chant acquiert sa qualité d’hymne antifasciste. On est loin de l’actuelle chanson d’amour bombardée tube de l’été par un appareil commercial efficace mais indifférent au sens des chants qu’il recycle. C’est ainsi une lessiveuse dépolitisante qui sert de juke box au commerce musical.(...)
Le marché sait s’emparer de tout symbole pour en faire un produit commercial, vidé de son sens initial mais pourvoyeur de recettes. C’est une situation très différente de celle qui prévaut dans le combat politique. Chaque camp essaye de prendre des symboles au camp d’en face. Voici trente ans, Jean-Marie Le Pen, anticommuniste revendiqué et zélé, défraya la chronique en chantant en public « l’Internationale ». On se situait avant la Chute du Mur et le pied de nez du fondateur du Front national concurrent déclaré du Parti communiste français dans les milieux ouvriers fit sensation.(...)
Plus récemment, Nicolas Sarkozy usa et abusa des figures, des symboles, des mots issus de la gauche aux fins de son élection en 2007. Il s’agissait de forces politiques s’affrontant, non d’une lutte du vide contre des idéologies.
Marché 1 – Gauche 0(...)
Ce n’est pas une bataille entre deux forces politiques qui s’est livrée entre la gauche dépouillée de son patrimoine et le marché, c’est tout simplement le spectacle de dépossession d’un de ses chants, de sa symbolique, de ses mythes par la force du marché aussi colossalement forte que peut l’être le vide. Outre la lutte pour l’encadrement du marché, la gauche (au sens large) va devoir réinventer une symbolique qui soit en adéquation avec le mouvement réel des masses.