En publiant les témoignages d’électeurs de gauche assurant qu’ils ne feront pas barrage au RN en 2022 si cela implique de voter pour Emmanuel Macron, le quotidien a mis la majorité aux abois.
La majorité en perd son unité. Ce samedi 27 février, LE sujet politique de la journée, c’était la Une de Libération renvoyant dos à dos Marine Le Pen et Emmanuel Macron en relayant la parole d’électeurs de gauche se disant trop déçus par le mandat en cours pour envisager de voter à nouveau pour le président sortant en 2022. Et ce même s’il se retrouvait une seconde fois face à la candidate annoncée du parti d’extrême droite.
Derrière cette Une, en ouvrant le journal, on découvre les témoignages d’électeurs (et de lecteurs) qui fustigent tantôt la présidence en réalité droitière -sous couvert de centrisme - du fondateur de la République en marche, tantôt la désunion de la gauche, incapable de mettre de côté ses divergences pour faire front commun. Surtout, beaucoup refusent de répéter un geste devenu réflexe depuis le 21 avril 2002 : celui de voter pour faire barrage, c’est-à-dire de voter contre des idées qu’ils rejettent plutôt que pour celles qui les animent. (...)
Un constat, présenté sous forme de cri d’alarme par le quotidien, qui n’a cessé d’animer la majorité ce samedi. Car face à ce désaveu -certes énoncé dans le cadre d’une projection de second tour en 2022 qui n’a pour l’heure pas grand-chose de tangible (même si les sondages l’accréditent de plus en plus)-, LREM semble ne pas savoir comment réagir. (...)
Pour preuve, deux lignes se sont dégagées tout au long de la journée au sein de la Macronie. D’un côté, il y a ceux qui ont refusé de voir le constat dressé par Libération, et qui ont immédiatement dénoncé la posture du quotidien. (...)
le quotidien relaie en réalité ce que ses lecteurs voient comme les contradictions d’un parti au pouvoir dont le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, peut dire à Marine Le Pen qu’elle est “trop molle” face à l’islamisme, et qui est reçu par un Éric Zemmour, nouvel emblème de la droite identitaire, avec des acclamations pour son projet de loi contre le “séparatisme”.
Et cela, d’autres membres de la majorité semblent le réaliser à la lecture de Libération. “Facile de critiquer cette Une provoc’ de Libé, mais plus difficile d’admettre que l’édito pointe une vérité qui dérange”, tweete par exemple le député de la Loire Jean-Michel Mis. Et d’ajouter : “Beaucoup d’électeurs de gauche sont déstabilisés par une gestion de crise qui peine à définir un projet politique progressiste pour le temps long.” (...)
Ils jouent avec des allumettes dans une main et un bidon d'essence dans l'autre et s'étonnent ensuite que l'incendie menace.
Le doigt, la lune... pic.twitter.com/PqMooxJwqg
— Fabrice Arfi (@fabricearfi) February 27, 2021