Un projet de directive européenne ambitionne d’élargir le cadre des congés parentaux dans tous les pays membres pour "équilibrer" l’utilisation qui en est faite entre les femmes et les hommes. Sauf qu’elle pourrait ne jamais s’appliquer, la France s’y opposant aux côtés de la Hongrie et de l’Autriche.
Emmanuel Macron avait décrété l’égalité femme-homme "grande cause" de son quinquennat. A peine un an après son élection comme président de la République, ces bonnes intentions commencent (déjà) à s’écorner. Alors qu’un projet de directive européenne vise à équilibrer le recours aux congés parentaux entre les hommes et les femmes dans toute l’Union européenne (UE), la France s’y oppose et pourrait faire échouer son adoption. "J’en approuve le principe, précisait pourtant le chef de l’Etat, de passage au Parlement européen le 18 avril. Mais les modalités ont un coût qui est potentiellement explosif" pour le système social français.
Trois types de congés pour toute l’UE
Ce projet de directive dite "d’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle" devait être un des éléments du futur "socle des droits sociaux" minimums communs à tous les pays membres. Face au reproche d’une Europe loin d’être assez "sociale", les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE avaient approuvé toute une série de mesures provenant de la Commission européenne "pour l’égalité" au mois de novembre 2017 à Göteborg (Suède). Trois types de congés devaient être imposés sur tout le territoire. D’abord, un congé paternité de dix jours à la naissance de l’enfant, ce dont la France dispose déjà. Ensuite, un congé parental de quatre mois pour chaque parent, indemnisé sur la base de l’arrêt maladie par les Etats (un couple pourrait ainsi disposer de 8 mois au maximum, à condition que chacun prenne bien 4 mois). Et, enfin, un droit à cinq jours de congé par an pour tout parent ayant à "s’occuper de proches gravement malades ou en situation de dépendance".
Pour de nombreux pays européens, ces mesures apparaîtraient comme quasiment révolutionnaires. (...)
si cette directive était adoptée, l’indemnisation mensuelle serait indexée sur la base d’indemnisation des arrêts maladie pendant les quatre premiers mois. Ainsi, le parent recevrait chaque jour, par l’Etat, 50% de son salaire journalier. Soit une indemnité de pratiquement 900 euros pour un salarié touchant habituellement 2.000 euros par mois par exemple. Un coût "insoutenable" pour les caisses françaises selon Emmanuel Macron.
Un congé parental plus attrayant = moins d’enfants en crèche
"Faux !", répond Yann Serieyx, représentant de l’Union nationale des associations familiales françaises (Unaf), auprès de Marianne. Avec 48 autres associations, l’Unaf a adressé une lettre ouverte au président. Ils le prient de rendre possibles ces "avancées sociales" pour "des millions de familles européennes", pour un coût qu’il estime "limité, voire nul" pour les finances françaises. "Si le congé parental est plus attrayant, davantage de pères le prendront et cela libérera des places en crèche. Aujourd’hui, chaque enfant en crèche coûte à l’Etat près de 1.700 euros. C’est considérable", nous explique-t-il. (...)