Bandeau
Marie-Claude Saliceti
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Les Nouvelles News
Contre la maigreur excessive, des mesures contestées
Article mis en ligne le 3 avril 2015

Les députés ont inscrit dans la loi Santé l’interdiction de l’embauche de mannequins trop maigres et le délit d’incitation à la maigreur excessive. Des mesures controversées.

L’amendement avait pourtant reçu un avis défavorable de la commission des Affaires sociales, le député UMP Bernard Accoyer faisant notamment valoir que cette mesure induit une « discrimination morphologique dans le droit du travail. »

Mention des photos retouchées

Pour combattre les troubles alimentaires - anorexie ou boulimie – les députés ont également décidé d’encadrer les photographies d’images corporelles à usage commercial. Selon l’amendement adopté, les photos de corps retouchées – pour épaissir ou affiner la silhouette d’un mannequin - devront faire figurer la mention « photographie retouchée ». (...)

La veille, les députés avaient pris une autre mesure contre l’anorexie en adoptant un amendement qui punit jusqu’à un an de prison et 10 000 euros d’amende « le fait de provoquer une personne à rechercher une maigreur excessive en encourageant des restrictions alimentaires prolongées ayant pour effet de l’exposer à un danger de mort ou de compromettre directement sa santé ». L’anorexie est une maladie mentale qui concerne entre 30 000 et 40 000 personnes, dont 90 % de femmes, soulignent les députés.

« Inefficace et nuisible » ?

Cette mesure est pourtant loin de faire l’unanimité en dehors de l’hémicycle. Elle risque même de « mettre en danger des milliers de malades et empêcher le travail de professionnels de la santé et d’associations de lutte contre les troubles des comportements alimentaires », avertissent des chercheurs dans une tribune.

En s’attaquant à la provocation à la maigreur excessive, les députés visent en premier lieu les sites internet, blogs, forums ou groupes de discussion dits « pro-ana ». Mais ces sites ne sont pas seulement des espaces de promotion de l’anorexie, notent les chercheurs. Ils offrent aussi « des discours d’entraide ainsi que de l’accompagnement au soin. »

S’en prendre à ces espaces d’échange sur internet serait donc « inefficace et nuisible ». Ce qu’ils soulignaient déjà dans un document publié en 2013, le « rapport ANAMIA », à l’issue d’une vaste enquête menée en France et en Grande-Bretagne. (...)

Le vote des députés français a en tout cas été très commenté à l’étranger. Dans la presse anglophone, la tendance est à la critique. Sur The Daily Beast, par exemple, Lizzie Crocker reprend les arguments des chercheurs du rapport ANAMIA et dénonce en conclusion « un appel aux armes alarmiste qui conduit à toujours plus de contrôle sur le corps des femmes ».

Mais d’autres pays semblent vouloir aller dans le même sens que la France. Le gouvernement néerlandais indique qu’il réfléchit lui aussi à des mesures contre les sites pro-ana. Le gouvernement espagnol a également depuis plusieurs mois dans ses cartons un projet similaire.