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Marie-Claude Saliceti
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l’Humanité
David Maheu : « Les CRS ont clairement voulu m’intimider »
Article mis en ligne le 24 janvier 2020

« L a police a attaqué un auxiliaire de justice, c’est extrêmement choquant ! » L’avocat pénaliste David Maheu n’a pas de mots assez forts pour condamner son arrestation brutale et abusive, au début du mois, à Paris. Molesté par des CRS, interpellé arbitrairement, embarqué au commissariat pour des infractions infondées d’« outrage et rébellion », ce membre du conseil de l’ordre du barreau de Bobigny, en grève, a expérimenté, en l’espace d’une soirée, toutes les méthodes crapuleuses de privation de liberté.

C’est lors d’une manifestation pacifique contre la réforme des retraites, samedi 11 janvier, que Me David Maheu, sans robe ce jour-là, défile avec un ami dans une ambiance bon enfant. Aux alentours de 18 heures, place de la République, il décide de quitter la mobilisation (...)

Un cordon de CRS lui barre la route. « Dégage ! » lui hurle dessus l’un d’eux avant de le pousser violemment. Me Maheu tente de calmer l’impétrant, sort sa carte professionnelle. Et là, tout dérape.
L’auxiliaire de justice réfléchit à engager des poursuites (...)

 Ils ont clairement voulu m’intimider. Un autre CRS me met un gros coup d’épaule en me disant que c’est moi qui l’ai bousculé. Je lui attrape son coude, sans être violent ou menaçant. » Le geste de trop. Il reçoit au moins un coup au visage et perd ses lunettes, tandis qu’un CRS lui fait une clé de coude. « Je leur demande de me lâcher, en rappelant que je suis avocat et dangereux pour personne. » En vain. Me Maheu est emmené au commissariat. Dans le fourgon, un CRS n’arrête pas de le narguer : « Tu te la racontes moins, hein ? Ça fait moins le malin ! »

Arrivé au commissariat du 15e arrondissement, l’avocat est placé sans raison en cellule de dégrisement. Il passe ainsi son samedi soir assis sur un banc. Alertés, ses proches et collègues se mobilisent. (...)

Au final, Me Maheu ressortira vers minuit, sans avoir été placé en garde à vue.

Aucune poursuite n’est retenue contre lui. (...)

L’avocat n’est pas un cas isolé. D’autres confrères grévistes ont également subi cette répression policière inédite. (...)

Le 10 janvier, lors de la rentrée solennelle de la Cour de cassation, en présence de la garde des Sceaux, des avocats ont été repoussés du Palais de justice de Paris par des forces de sécurité.

« Ces tentatives d’intimidation pour éradiquer la grève sont inadmissibles, dénonce Christiane Féral-Schuhl, présidente du Conseil national des barreaux (CNB), qui représente les 70 000 avocats de France. Le droit de grève et de manifester doit être respecté, tout comme la liberté de la défense. » Estellia Araez, présidente du Syndicat des avocats de France, est tout aussi indignée. « Désormais, les forces de l’ordre n’hésitent plus à aller au contact des avocats, ça en dit long sur l’affaiblissement de notre démocratie. »