Depuis l’adoption de l’Accord de Paris, en 2015, les climatologues observent une augmentation sans précédent des températures et une multiplication des événements météorologiques extrêmes — typhons, canicules, pluies torrentielles...
(...) Des observations de plus en plus inquiétantes
Depuis l’adoption de l’Accord de Paris, les vagues de chaleur et les événements climatiques extrêmes se sont multipliés. « Je suis marqué par l’accumulation de données ces cinq dernières années, dit Jean Jouzel, l’ancien vice-président du groupe scientifique du Giec, à Reporterre. En 2015, nous sortions à peine d’un plateau dans le réchauffement qui avait commencé en 2000. Depuis, les cinq dernières années sont parmi les plus chaudes jamais enregistrées. Tout ce qui avait été envisagé dans les années 1980 est devenu réalité, que ce soit pour le rythme de réchauffement, l’augmentation du niveau de la mer, l’augmentation du nombre et de l’intensité des événements climatiques extrêmes. » Ainsi, l’année 2020 a connu un nombre record de tempêtes suffisamment fortes pour être nommées. Fin novembre, Sydney, qui traverse une canicule sévère, enregistrait la température nocturne la plus élevée jamais mesurée auparavant. En octobre, le Colorado était ravagé par le plus grand incendie de son histoire tandis ce que des inondations tuaient plus d’une centaine de personnes au Vietnam. (...)
De nouvelles avancées scientifiques sur le climat et son évolution
La compréhension de ces phénomènes météorologiques extrêmes a récemment franchi une nouvelle étape. « Depuis 2013-2014 a émergé un ensemble d’études qui s’intéressent à l’influence des activités humaines sur ces événements, explique à Reporterre Christophe Cassou, chercheur au Centre européen de recherche et de formation avancée en calcul scientifique (Cerfacs) et spécialiste de la variabilité climatique. Par exemple, on a pu calculer que les activités humaines et leurs émissions de gaz à effet de serre rendaient cinq à dix fois plus probable la survenue d’épisodes caniculaires tels que celui qui a touché la France en 2019. » Aujourd’hui, cette influence des activités humaines est devenue prédominante. (...)
Normalement, les records de température globale chaleur surviennent en présence du phénomène El Niño. Mais là, 2020 se caractérise par un événement inverse que l’on appelle La Niña. Normalement, cet événement tend à réduire la température globale et cela montre bien à quel point la hausse des températures liées aux activités humaines surpasse les fluctuations naturelles. » (...)
Les chercheurs comprennent aussi mieux pourquoi la hausse des températures n’est pas continue dans le temps, même si les émissions de gaz à effet de serre continuent à croître. « Le réchauffement a ralenti entre 2000 et 2014 puis a repris à un bon rythme à partir de 2015, indique Christophe Cassou. Depuis le dernier rapport du GIEC de 2013-2014, nous connaissons mieux les raisons de ces modulations planétaires. Elles sont liées aux fluctuations de la capacité de l’océan Pacifiques à capturer de l’énergie de l’atmosphère et à la stocker sous forme de la chaleur en profondeur. »
Jean Jouzel, lui, retient des avancées dans la documentation des vagues de chaleur océaniques et le dernier rapport de l’IPBES – le Giec de la biodiversité – qui met en lumière le lien entre changement climatique et effondrement du vivant : « Dans ce rapport, le changement climatique est considéré comme la troisième cause de perte de la biodiversité. »
Enfin, pour Christophe Cassou, le rapport intermédiaire du Giec consacré à l’objectif de 1,5 °C a constitué un tournant (...)
Une recherche scientifique de plus en plus tournée vers la société civile
Les scientifiques, en plus de décrire et de comprendre les mécanismes du changement climatique, s’intéressent de plus en plus à ses conséquences sur les sociétés humaines et aux politiques publiques mises en œuvre pour le contrer. (...)
La communauté scientifique s’est également attelée à l’évaluation des politiques climatiques. Peu avant la COP21, plusieurs laboratoires ont ainsi entrepris d’estimer les effets des contributions nationales mises sur la table par les États. (...)
il faudrait une réduction de 25 % des émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 2010 pour être compatible avec une hausse de 2 °C de la température à la fin du siècle, et presque une division par deux pour l’objectif de 1,5 °C. » (...)
On s’intéresse aux mesures réelles, à ce qui marche, ce qui ne marche pas et ce qui freine. On essaie par exemple de comprendre quels sont les effets des politiques climatiques sur les inégalités entre les ménages. »
Un sujet crucial, comme l’a montré l’émergence du mouvement des Gilets jaunes en réaction à une augmentation de la taxe carbone.
L’attitude de la société civile à l’égard de la science a elle aussi évolué, constate Christophe Cassou. « J’ai l’impression que depuis 2013-2014-2015 la société civile s’est approprié les enjeux climatiques. L’Accord de Paris a permis de réaliser qu’il s’agissait d’un enjeu démocratique et qu’il fallait sortir d’une réflexion en silos. C’est une évolution qui va bien au-delà du monde de la recherche et inclut cette notion de risque systémique a la fois pour les sociétés humaines et les écosystèmes terrestres et marins. Mais attention : il y a encore beaucoup d’incertitudes en matière de climat. Par exemple, les échanges de carbone impliquant le permafrost sont très mal connus alors qu’on sait qu’ils sont très importants pour le futur climatique. On n’en est aussi encore qu’aux balbutiements de la connaissance des mécanismes de stockage de chaleur dans les profondeurs océaniques du Pacifique. La présence d’incertitude est souvent brandie comme un frein à l’action alors qu’au contraire, elle devrait être une raison plus forte d’agir, en particulier quand les mécanismes encore peu connus peuvent conduire à un emballement du réchauffement. Il faut continuer à travailler, c’est essentiel pour aller vers une société bas carbone. »