« La Terre brûle. » Jusqu’ici, l’expression n’était qu’une image. En Australie, elle décrit précisément les incendies géants qui ravagent depuis trois mois le continent rouge. Au point que les pompiers ont renoncé à éteindre ce brasier hors de contrôle. Peut-on encore qualifier de « naturelles » de telles catastrophes, quand s’accumulent les preuves de leur origine industrielle ?
Les périodes de sécheresse rythmaient la vie des vignobles, vergers, pâturages et champs de coton qui s’étendent sur un million de kilomètres carrés, du Victoria au Queensland — une surface égale à celle de l’Égypte. Mais, début 2019, la chaleur extrême a entraîné une prolifération d’algues bleu-vert. Des centaines de milliers de poissons morts asphyxiés flottent au soleil, victimes de la mousse létale que produisent les cyanobactéries Dolichospermum et Microcystis. Les communautés locales font porter la responsabilité de cet écocide sur l’industrie agroalimentaire. (...)
Ce phénomène climatique baptisé « Angry Summer » a saisi le pays pour la première fois en 2012. Depuis, le « supervilain » gagne en dangerosité. Sept ans après, on recourt à un superlatif pour exprimer sa virulence : Angriest Summer. En seulement quatre-vingt-dix jours, 206 records de température ont été battus. Le 24 janvier 2019, le mercure a atteint 49,5 °C dans la ville de Port Augusta, en Australie-Méridionale. (...)