Bandeau
Marie-Claude Saliceti
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Bonnes nouvelles
En Ethiopie, Awra Amba, le village de l’égalité entre femmes et hommes
Article mis en ligne le 3 février 2015
dernière modification le 27 janvier 2015

Au coeur de l’un des pays les plus pauvres du monde, l’Ethiopie, un village bouscule les traditions archaïques qui régissent la société. Depuis quarante ans, les quatre cents membres de la communauté ont abandonné droit coutumier et patriarcat, pour faire de la femme l’égale absolue de l’homme. Découverte d’une utopie bien réelle. Reportage

11h30, une foule de jeunes sort de la petite école du village. Livres de biologie à la main, ils n’ont que quelques dizaines de mètres à parcourir pour rentrer chez eux, après avoir esquivé âne, chèvres et boeufs. Pas de longs périples pour aller étudier, c’est plutôt rare dans le pays. Mais à Awra Amba, au coeur des collines verdoyantes de la région Amhara, à 500 km au nord de la capitale Addis Abeba, nous ne sommes pas tout à fait en Ethiopie. Le village avec ses maisons en torchis surplombés de toits de chaume, son sol en terre brune et ses petits champs de céréales, ressemble pourtant à ses voisins. Au premier abord seulement, car ici les scènes étonnantes ne manquent pas à l’image de ces hordes de jeunes adolescentes, sourires aux lèvres, quittant la classe. Une révolution dans un Etat où moins de la moitié des filles accèdent à l’école primaire. Tshehay Gemar a fini ses études, un baccalauréat en poche suivi d’une formation d’institutrice. A vingt ans, elle s’occupe du jardin d’enfants et de sa trentaine de tout-petits, garçons et filles, qui prennent place tous les matins sur les bancs en pierre de la salle de classe. Le confort est spartiate, les jeux peu nombreux, et les quelques livres destinés à l’apprentissage de lecture sont en français ou en néerlandais, apportés par des visiteurs de temps à autre. Mais l’endroit n’en demeure pas moins unique. "Dans la région, des enfants de trois ans se retrouvent à la tête d’un troupeau de vaches, toute la journée. Ils ne reçoivent aucune éducation. A Awra Amba, ils n’ont pas la même vie", explique Tshehay, devant une armée de bambins au garde-à-vous, à qui l’on enseigne avant tout la discipline. L’institutrice en blouse blanche hausse pourtant rarement la voix, mais sa grande taille et sa carrure impressionnent les enfants, qui prennent très au sérieux leurs journées d’études. "Je leur répète que l’école constitue ce qu’il y a de plus important pour eux, leur chance principale. Moi, ça a changé ma vie."Liberté du corps et de l’esprit
Ailleurs dans le pays, les filles de son âge ont déjà un époux, plusieurs enfants et ne peuvent plus étudier depuis bien longtemps. Tshehay, elle, n’a même pas encore de petit ami, une liberté impensable en terre amhara. Car bien que le Code de la famille éthiopien ait fixé en 2001 l’âge légal du mariage à la majorité, 18 ans, la pratique des unions précoces demeure très commune et on estime qu’une fille sur deux est mariée avant 15 ans, souvent avec un homme beaucoup plus vieux. Une pratique dont s’est débarrassée la communauté d’Awra Amba, en désacralisant l’union maritale. Ni fête, ni dot (cause principale des mariages précoces, puisque celle-ci augmente avec l’âge de la fille) : le mariage ne consiste qu’en la signature d’un document officiel, et ce, en raison d’un règlement propre au village, à partir de 19 ans pour les filles et de 20 pour les garçons (jugés moins matures), sans que les familles aient voix au chapitre. De quoi garantir un avenir moins sombre aux fillettes et réduire également la prévalence du Sida (...)