Vous en connaissez beaucoup vous des pays où la lutte anti-corruption fait tomber des ministres, des parlementaires, des maires et des juges ? Eh bien la Roumanie fait chuter les corrompus et mentir les idées reçues.
Il y a un an, le futur président de la Roumanie faisait campagne sur la lutte anticorruption. Son élection fut une surprise, qui entraîna dans son sillage d’autres bonnes surprises.
Élu le 16 novembre 2014, le libéral Klaus Iohannis n’avait rien du président roumain type. Issu de la minorité allemande, ancien professeur de physique, protestant dans un pays à 95% orthodoxe, aussi discret que ses prédécesseurs étaient volubiles. En un mot, selon les médias roumains : austère.
Pourtant, les Roumains ne s’ennuient pas depuis son élection. Pas un jour sans un nouvel épisode dans la lutte anticorruption. Huit ans après avoir rejoint l’Union européenne, la Roumanie est devenue la meilleure élève en la matière. Les têtes tombent, Bruxelles applaudit. De quoi donner des leçons à l’Europe de l’Ouest.
Pas d’amnistie pour les corrompus
Le grand ménage commence deux semaines après l’élection de Klaus Iohannis. Avec des allures de blague. Alina Bica, procureur en chef du parquet de lutte contre la criminalité organisée, l’un des personnages clés de l’anticorruption donc, est arrêtée pour… corruption. (...)
« Les efforts de la Roumanie en matière de lutte anticorruption ont commencé bien avant l’élection de Klaus Iohannis, rappelle Laura Stefan, experte anticorruption au sein du think tank Expert forum. Nous avons fait d’immenses progrès depuis dix ans. Nous avons montré que nous pouvions agir concrètement contre la corruption, même si celle-ci reste encore trop répandue. » (...)
Le cœur de cette opération « mains propres » est la redoutée Direction nationale anticorruption (DNA). Un parquet spécifique, aux pouvoirs sans équivalent en Europe, chargé de combattre la corruption chez les élites.
La DNA a été créée en 2005, à la demande de Bruxelles. Sans cela, la Roumanie patienterait encore à la porte de l’UE. Elle regroupe de jeunes procureurs formés à l’occidentale, bien décidés à secouer la classe politique. À sa tête, Laura Kövesi, une dame de fer, nommée en 2006 procureure de la République à l’âge de 33 ans.
Le palmarès de la DNA s’étoffe d’une année sur l’autre : 743 condamnations en 2012, 1.051 en 2013 et 1.138 en 2014. Au vu du rythme effréné des mises en examen cette année, les chiffres devraient encore grimper. La DNA est devenue la hantise des hommes politiques corrompus et la fierté de la Roumanie. (...)
Et quand on dit tout le monde, c’est tout le monde. Ces trois dernières années, plus de 3.000 ministres, députés, sénateurs, maires et hauts fonctionnaires se sont retrouvés en prison. Parmi eux, Adrian Nastase, Premier ministre socialiste de 2000 à 2004, condamné en appel en 2014 à quatre ans de prison ferme pour avoir reçu 630.000 euros de pots-de-vin. (...)
Une dizaine d’anciens ministres, de droite comme de gauche, ont été condamnés et d’autres sont visés par des instructions en cours. (...)
Les journalistes révèlent des affaires de corruption
Outre la politique, le grand ménage roumain touche aussi la justice : en 2014, trente-cinq magistrats ont été renvoyés devant la justice pour corruption, vingtont été condamnés. « Un mal pour un bien », admet la présidente du Tribunal de Bucarest. Qui s’interroge : « Pourquoi continuent-ils alors qu’ils se savent surveillés ? »
Les procureurs de la DNA ne sont pas les seuls à s’attaquer aux affaires de corruption. Les enquêtes publiées par les journalistes de Rise Project, équivalent roumain de Mediapart, contribuent grandement à assainir la vie politique. (...)