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Marie-Claude Saliceti
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Sciences et avenir
Et si les scientifiques étudiaient aussi les femelles ? L’appel d’une chercheuse
Article mis en ligne le 3 juin 2019
dernière modification le 31 mai 2019

"C’était la norme, on n’étudiait que les mâles" : la chercheuse américaine en neurobiologie Rebecca Shansky se souvient de ses premières expériences en laboratoire, sur des souris, il y a 20 ans.

On lui disait à l’époque que "les hormones compliquaient tellement tout qu’on aurait du mal à étudier le cerveau des animaux femelles", poursuit Rebecca Shansky, aujourd’hui en poste au laboratoire de neuroanatomie et de comportement à l’université Northeastern, à Boston.

La chercheuse a signé jeudi une tribune dans la grande revue américaine Science pour dénoncer un stéréotype selon elle patriarcal, hérité du XIXe siècle et persistant dans la recherche scientifique actuelle.

A cause du cycle menstruel et des variations hormonales, les femmes sont traditionnellement considérées par le monde scientifique comme des versions plus compliquées que les hommes. Elles seraient "hormonales, émotionnelles, instables", a expliqué mardi Mme Shansky à des journalistes.

Ce mythe a conduit les scientifiques à presque exclusivement réaliser leurs expériences et leurs études, depuis un demi-siècle, sur des souris, des rats et des primates mâles, dont le cerveau était considéré comme une version normale du cerveau humain.

Pourtant, les souris mâles démontrent eux aussi des variations allant du simple au quintuple du taux de testostérone, selon qu’ils sont dominants ou pas. Mais cette variation était considérée comme "un non-problème", écrit la chercheuse.

Cela veut dire que depuis des décennies, les laboratoires pharmaceutiques développent des médicaments dont on s’aperçoit ensuite qu’ils ne sont pas tout à fait adaptés aux femmes, en particulier pour les maladies mentales comme la dépression ou l’anxiété, qui touchent plus de femmes que d’hommes.

Un exemple fameux : le somnifère Ambien produisait plus d’effets indésirables chez les femmes que les hommes. (...)