Près d’une centaine de féminicides ont été commis depuis le début de l’année en France. Et le pire est que l’immense majorité de ces drames auraient pu être évités.
A chaque fois ou presque, des plaintes, parfois répétées, ont été déposées. C’est le cas pour Cécile, 44 ans, tuée par son mari le 17 décembre dans le Val-d’Oise.
À Paris, un tag contre les féminicides. 146 ont été comptabilisés cette année. (...)
Pour fuir les violences de son ex-mari, Cécile, 44 ans, était retournée vivre chez ses parents avec ses trois filles. En vain. Malgré des dizaines de plaintes et deux condamnations, il est parvenu à la tuer dans leur entreprise à Domont (Val-d’Oise), avant de mettre fin à ses jours. (...)
Après avoir blessé à la jambe deux de leurs employés, il s’est retranché avec son ex-femme qui avait appelé les gendarmes. Il l’a tuée puis s’est donné la mort. (...)
Une énième victime qui, pour sa famille, aurait pu, aurait dû être évitée.
"Jamais je n’aurais pensé qu’il passe à l’acte", lâche aujourd’hui Pierre, 80 ans, le père de Cécile. "Il la maltraitait, la menaçait, proférait des horreurs mais je ne le savais pas capable de tuer ma fille". (...)
"Violences, harcèlement, détournement de fonds, les enfants non rendus… Ma cliente a déposé plus d’une vingtaine de plaintes contre son ex-mari", détaille l’une des avocates de Cécile, Me Sonia El Midouli.
"Les gendarmes nous riaient au nez, on n’a jamais été pris au sérieux", ajoute, en colère, Pierre.
« La justice a failli »
Pourtant, Dominique a déjà été condamné à deux reprises. En 2019, il écope même de douze mois de prison avec sursis pour violences. Puis en septembre 2020, à trois mois ferme avec révocation partielle du sursis pour avoir craché sur son ex-épouse et ses employés en avril.
Mais en vertu d’un aménagement de peine, Dominique n’est pas incarcéré.
"Pendant deux ans, j’ai accompagné ma fille sur son lieu de travail car elle ne se sentait pas en sécurité", explique Pierre.
En 2019, Cécile fait une demande de protection pourtant refusée par le juge des affaires familiales, qui estime qu’elle n’était pas en danger dans l’entreprise.
Ces derniers mois, cette fervente catholique et très impliquée dans la paroisse de Domont, "pensait s’en être sortie". Elle "avait baissé la garde", focalisée sur l’entreprise qu’elle "tenait à bout de bras", regrette son père. (...)
À l’heure où les associations féministes pressent le gouvernement de renforcer encore l’arsenal contre les violences faites aux femmes, le père de Cécile n’en démord pas. "Le système judiciaire a fait au mieux mais a tout sous-évalué et a failli. Les gendarmes savaient par exemple que Dominique avait un fusil", dit-il. "On a laissé un homme dangereux en liberté".