(...) le Liban, tout comme, dans le monde arabe, le Koweït, le Qatar, la Syrie, Oman, le Soudan ou la Somalie, n’autorise pas les mères à transmettre leur nationalité à leurs enfants. Sauf si le père est inconnu.
(...) Dans les vingt-deux pays membres de la Ligue arabe (2), la question de la nationalité recouvre son attribution par filiation ou par mariage, la naturalisation, la double nationalité, l’abandon de la nationalité pour en acquérir une nouvelle, le droit du sol et du sang. Les femmes y sont les plus lésées par les codes de la nationalité. D’ailleurs, s’ils ont ratifié en 1981 la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (Cedaw), ces pays ont presque tous émis des réserves sur l’article 2, qui concerne les mesures à mettre en place, et sur l’article 9, qui évoque la transmission de la nationalité aux enfants.
Des associations militent donc pour l’égalité des droits. Les hommes peuvent en effet transmettre leur nationalité à leurs épouses étrangères et à leurs enfants, où qu’ils naissent. Les étrangères qui épousent des Arabes ont davantage de droits que les locales mariées à des non-nationaux, et moins de contraintes. (...)
Au terme de longues négociations et de campagnes de sensibilisation transnationales, certaines législations ont évolué. Depuis l’opération « Ma nationalité », le permis de séjour libanais n’est plus à renouveler chaque année, mais tous les trois ans ; et, en mars 2012, pour la première fois, le conseil des ministres a mis la question à l’ordre du jour. En outre, depuis respectivement 2005 et 2006, les non-nationaux mariés avec des Algériennes ou des Irakiennes peuvent acquérir la nationalité, de même que leurs enfants. L’acquisition de la nationalité de la mère est possible depuis 2008 au Maroc et en Egypte — un droit confirmé par la Constitution rédigée après la destitution de M. Mohamed Morsi, qui devrait être soumise à référendum ce mois-ci —, et depuis 2010 en Tunisie et en Libye — parfois sous certaines conditions, comme le fait que l’homme soit musulman. (...)
De leur côté, l’Arabie saoudite, le Yémen, la Jordanie, la Mauritanie et les Comores ont assoupli leur législation. Depuis 2011, les femmes des Emirats arabes unis peuvent transmettre leur nationalité à leurs enfants issus d’un mariage dit mixte : une première dans un pays du Golfe. A 18 ans, les enfants doivent déposer une demande, tout comme en Arabie saoudite, même si le système émirati est plus souple. En principe, ils ont dès leur naissance les mêmes droits que les Emiratis, mais la loi n’est pas toujours appliquée. Et les mères ne la connaissent pas forcément. Alors, la mobilisation continue. Des élections législatives sont prévues en novembre 2014 : « C’est notre chance ou jamais de voir cette loi modifiée », déclare Lina. Elle commence toutefois à douter : les campagnes menées ne semblent pas avoir mis fin aux régularisations ponctuelles à visée électoraliste. (...)
Le « printemps arabe » aura-t-il des conséquences sur la question de la nationalité ? « Mon mari a sacrifié sa vie en France pour moi. Lui accorder la nationalité serait la moindre des choses », plaide Lina. Elle raconte comment elle a appris qu’elle devait payer un droit d’entrée au Liban pour son second fils, alors qu’elle allait déposer une demande de permis de séjour gratuit. « Mon enfant est né ici, mon sang libanais coule dans ses veines et il est sorti de mon corps libanais. C’est bien un territoire libanais ça, non ? », a-t-elle lancé à l’employé de l’administration. Qui lui a rétorqué : « C’est un étranger, il doit payer. »