Impliquée dans plusieurs grands barrages controversés, Alstom joue un rôle majeur dans le marché mondial de l’hydroélectrique. Et semble se laver les mains des conséquences sociales et écologiques.
Déplacement de millions de personnes, submersion de villages, décisions autoritaires, tensions géopolitiques, désastres environnementaux... Les impacts de ces mégaprojets, comme celui des Trois Gorges en Chine et de Belo Monte au Brésil, sont considérables. Mais Alstom se considère comme un simple fournisseur de turbines. Et dénie toute responsabilité quant à ces conséquences. Ce qui lui vaut une nomination au Prix Pinocchio 2013. (...)
Sur son site, le groupe se vante ainsi d’avoir équipé « le quart de la capacité hydroélectrique installée dans le monde ». Et notamment « les cinq plus grandes installations hydroélectriques au monde en termes de capacité ». Mais derrière l’image d’une entreprise qui ne fournirait qu’un appui et des compétences techniques, se cache une réalité environnementale et humaine souvent dramatique. (...)
L’Observatoire des multinationales a consacré une enquête approfondie à l’implication d’Alstom dans de nombreux grands barrages controversés. Celui des Trois Gorges, en Chine, a entraîné le déplacement de presque deux millions de personnes et la submersion de treize villes et de centaines de villages. Son impact à moyen et long terme sur les équilibres écologiques de la région et du bassin du Yangtze alimente toutes les inquiétudes. Au Brésil, les barrages de Belo Monte, Jirau et Santo Antonio sont en train de détruire des écosystèmes uniques, et avec eux les moyens de subsistance des indigènes et autres populations traditionnelles de l’Amazonie, pour des gains énergétiques qui auraient pu être assurés autrement, à moindre coût.
À Merowe, au Soudan, Alstom est l’une des seules entreprises européennes à avoir accepté de s’impliquer dans un ouvrage qui a entraîné la submersion, sans notification préalable, de plusieurs villages abritant des minorités en conflit avec le gouvernement. Dans le cas de Lower Subansiri, en Inde, les communautés paysannes locales en lutte bloquent depuis des mois la livraison des turbines d’Alstom, empêchant l’achèvement des travaux. Et la liste n’est pas prête de se clore (...)
Alstom a toujours refusé de reconnaître une quelconque responsabilité vis-à-vis de l’impact environnemental et social occasionné par les grands barrages, ainsi que des violations des droits humains. C’est ce qui lui vaut aujourd’hui sa nomination au prix Pinocchio lancé par l’ONG Les Amis de la Terre. (...)
Face aux critiques, Alstom a l’habitude de se retrancher derrière son rôle de simple fournisseur de turbines. Mais le groupe est souvent impliqué très en amont dans la conception des projets de mégabarrages. Au niveau brésilien, il est au cœur du réseau d’influence et d’intérêts partagés, entre firmes publiques, entreprises privées et responsables politiques, qui est derrière le développement hydroélectrique de l’Amazonie. Dans ce pays, Alstom est pris depuis plusieurs mois dans une série de scandales de corruption, principalement dans le domaine des transports [2]. Les activités d’Alstom dans le secteur hydroélectrique sont désormais elles aussi concernées, puisque de récentes révélations du magazine brésilien Veja laissent soupçonner l’existence d’un système similaire de pots-de-vin en lien avec des chantiers de grands barrages. (...)