Pour justifier sa décision d’interdire six ONG palestiniennes, le gouvernement israélien avait communiqué aux capitales européennes un rapport des services de sécurité intérieure destiné à démontrer leurs liens avec le terrorisme. Ce document, que publie Mediapart, était si peu crédible qu’il a eu l’effet inverse : les Européens ont confirmé leur soutien aux défenseurs des droits humains palestiniens.
Surprise et réprobation parmi les diplomates, condamnation indignée chez les défenseurs des droits humains : c’est une réaction globalement hostile qu’avait provoquée Benny Gantz, ministre israélien de la défense, en désignant, le 22 octobre, six organisations de la société civile palestinienne comme « groupes terroristes ».
Le 7 novembre, le général Yehuda Fuks, chef du commandement central israélien qui contrôle la Cisjordanie, a signé un ordre interdisant à ces organisations « illégales » d’exercer leur activité en « Judée-Samarie » – nom biblique de la Cisjordanie utilisé par le régime israélien. Cet ordre permettait à l’armée d’agir à sa guise avec ces organisations. C’est-à-dire d’arrêter leurs membres ou collaborateurs, de perquisitionner leurs locaux et de saisir leurs archives, dossiers et ordinateurs.
À ce jour, les locaux de trois des six ONG ont d’ailleurs été perquisitionnés par la police ou l’armée israélienne. Connues et respectées au Proche-Orient et au-delà pour leur travail d’information et de documentation sur l’occupation, la colonisation, et les violations des droits humains et du droit international par Israël, ces ONG reçoivent depuis des années une aide financière de l’Union européenne (UE) et, sous forme bilatérale, d’une dizaine de pays européens dont la France. Pour la plupart, elles militent en faveur de la comparution d’Israël devant la Cour internationale de justice. (...)
Surprise et réprobation parmi les diplomates, condamnation indignée chez les défenseurs des droits humains : c’est une réaction globalement hostile qu’avait provoquée Benny Gantz, ministre israélien de la défense, en désignant, le 22 octobre, six organisations de la société civile palestinienne comme « groupes terroristes ».
Le 7 novembre, le général Yehuda Fuks, chef du commandement central israélien qui contrôle la Cisjordanie, a signé un ordre interdisant à ces organisations « illégales » d’exercer leur activité en « Judée-Samarie » – nom biblique de la Cisjordanie utilisé par le régime israélien. Cet ordre permettait à l’armée d’agir à sa guise avec ces organisations. C’est-à-dire d’arrêter leurs membres ou collaborateurs, de perquisitionner leurs locaux et de saisir leurs archives, dossiers et ordinateurs.
À ce jour, les locaux de trois des six ONG ont d’ailleurs été perquisitionnés par la police ou l’armée israélienne. Connues et respectées au Proche-Orient et au-delà pour leur travail d’information et de documentation sur l’occupation, la colonisation, et les violations des droits humains et du droit international par Israël, ces ONG reçoivent depuis des années une aide financière de l’Union européenne (UE) et, sous forme bilatérale, d’une dizaine de pays européens dont la France. Pour la plupart, elles militent en faveur de la comparution d’Israël devant la Cour internationale de justice. (...)
Voix discordante au gouvernement
Avant même la confirmation de la décision ministérielle par le général Fuks, Amnesty International et Human Rights Watch, connues pour leur rigueur, avaient immédiatement manifesté leur solidarité avec leurs « partenaires palestiniens ». Même en Israël où la décision de Benny Gantz avait été quasi unanimement approuvée à la Knesset, il s’est trouvé au gouvernement une voix discordante, celle de la ministre des transports Merav Michaeli, présidente du parti travailliste, pour déplorer les « dommages que cette décision pouvait provoquer parmi nos plus grands amis, au détriment des intérêts israéliens ».
Merav Michaeli n’avait pas tort. (...)
Selon des diplomates européens en Israël, cinq pays de l’UE au moins ont demandé des précisions ou des informations complémentaires – en vain. Plusieurs d’entre eux ont reproché à leurs interlocuteurs israéliens ce silence ou le caractère grossièrement mensonger des arguments utilisés.
Car cette campagne contre les ONG s’inscrit dans une stratégie diplomatique et politique désormais clairement assumée. Et tout aussi clairement décryptée par la majorité des représentations diplomatiques dans le pays.
Israël, qui a nettement les moyens militaires d’assurer sa sécurité et de garantir sa survie, semble depuis quelques années redouter surtout une défaite morale et politique en cas de comparution de certains de ses responsables devant la Cour internationale de justice. Et ne recule devant rien pour tenter de l’éviter ou au moins de retarder autant que possible un tel risque. (...)
La lecture de ce document effarant, mélange d’affirmations sans preuves, de déductions trompeuses et d’approximations grossières, qui se présente comme un exposé « Power Point » plutôt simpliste, explique pourquoi l’opération israélienne s’est soldée par un échec. Et pourquoi cinq États européens ont, à ce jour, informé le gouvernement israélien que le dossier ne contenait aucune « preuve concrète » des accusations avancées et qu’ils avaient donc décidé de continuer de financer et de soutenir les organisations citées. (...)
Aucun des témoignages cités par l’ISA n’est corroboré par une preuve concrète ou par un document. Et malgré les fortes pressions psychologiques et physiques subies, selon leurs avocats, par les deux comptables, ils n’ont pu livrer la moindre information permettant d’incriminer les six ONG.
Fiasco diplomatique
Le résultat de cette manœuvre ratée a été désastreux pour le gouvernement israélien. (...)
Après avoir ouvert et perdu une bataille diplomatique contre les ONG palestiniennes, Israël a tenté d’entamer une épreuve de force politique pour l’instant mal engagée. Tout en mettant à rude épreuve sa crédibilité sécuritaire internationale. On a vu des stratégies de politique étrangère plus habiles.