Avec l’actualité palestinienne qui revient sur le devant de la scène, le retour d’un champ lexical médiatique, relayé par les réseaux sociaux s’est imposé comme une norme. Or, nombre de ces termes qui ne sont plus interrogés posent problème, car ils relayent une rhétorique israélienne marquée. Et très contestable.
➞ « Guerre » ou « conflit ». Un conflit ou une guerre est censé opposer les armées de deux États ou deux entités de force plus ou moins égales. Or, d’une part, il n’y a pas d’État palestinien et par conséquent pas d’armée palestinienne ; d’autre part, l’armée israélienne détient la 17e place dans le classement mondial des forces militaires. Elle est également l’armée la plus puissante du Proche-Orient. (...)
➞ « Arabes israéliens », « Arabes de l’intérieur » ou « Arabes de 1948 ». Après la Nakba de 1948, 700 000 Palestiniens — soit les trois quarts de la population de la Palestine historique — ont été chassés de leurs terres pour devenir des réfugiés. Les descendants de ceux qui sont restés sont officiellement des citoyens israéliens, mais ils ne bénéficient pas des mêmes droits que les Israéliens juifs. Ils représentent 20 % de la population. Les qualifier d’ « Arabes » revient à leur nier une quelconque identité culturelle et nationale. (...)
du temps de la colonisation française en Algérie, les autochtones étaient appelés « Arabes » ou « musulmans », mais pas Algériens. On parlera donc plutôt de Palestiniens d’Israël ou de Palestiniens de l’intérieur.
➞ « Tsahal ». Acronyme de Tsa Hagana Léyisrael, littéralement Armée de défense israélienne. Cet usage remplace de plus en plus celui plus factuel d’« armée israélienne ». Pourtant, comme le rappelle un guide élaboré en 2007 à l’intention des journalistes de Radio France : « Tsahal a acquis une connotation familière d’attachement très fort pour les Israéliens qui s’en servent comme on le fait d’un diminutif chargé d’affection dans le sens “notre armée”. Conclusion : ne pas utiliser. » (...)
➞ « Guerre des Six-Jours ». Évoquer les territoires occupés implique forcément de parler de la guerre de juin 1967. Cette troisième guerre israélo-arabe s’est achevée sur une victoire d’Israël et l’occupation de Jérusalem, de la Cisjordanie, de Gaza, ainsi que du plateau du Golan et du Sinaï. Si les événements ont effectivement eu lieu du 5 au 10 juin 1967, cette appellation reprend la rhétorique israélienne qui affirme que, tout comme Dieu créa les cieux et la terre en six jours, il n’en fallut pas plus pour battre les armées arabes.
➞ « Propalestinien ». Un usage que l’on retrouve aussi chez les militants solidaires de la question palestinienne. S’il est positivement connoté, le terme est problématique pour deux raisons. D’abord, il laisserait entendre qu’il y a deux camps vis-à-vis desquels il s’agirait de prendre position, au choix, pour l’un ou l’autre. Or, les critiques de la politique israélienne ne se positionnent pas pour un camp au nom d’une appartenance nationale, religieuse ou ethnique, mais au nom des principes de justice, de droit international et de refus de la colonisation. Il s’agit donc davantage d’être « projustice », « prodroit » que « propalestinien ». D’autre part, être « propalestinien » induit l’idée que l’on est « anti-israélien ». Or là aussi, les revendications palestiniennes ne sont pas dirigées contre un groupe d’individus - les Israéliens –, mais contre un système colonial et d’apartheid que vient de dénoncer, entre autres, l’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem.
➞ « Retour au calme » ou « retour à la paix ». C’est notamment le souhait du président français Emmanuel Macron. Cet usage entérine l’idée qu’en dehors de ces épisodes de violence lourde, les territoires occupés connaissent une vie paisible, sans morts ni blessés, ni arrestations. Or, si le nombre de victimes est sensiblement moins impressionnant, la violence quotidienne est une réalité. (...)