Après six ans d’absence, Médecins sans frontières (MSF) est de retour à Calais pour aider les exilés dont les conditions de vie ont empiré ces derniers mois avec la politique du "zéro point de fixation". L’ONG espère "modestement" apporter un soutien "médico-social et psychologique" aux migrants déjà confrontés à de graves traumatismes physiques et psychiques.
(...) Au volant de sa clinique mobile, l’équipe de MSF se déplace donc depuis un mois dans les différents lieux de vie des migrants, principalement dans le camp informel de la rue de Judée, où une centaine de personnes (sur)vit actuellement. (...)
Composée d’une psychologue, d’une infirmière, d’une travailleuse sociale et de deux médiateurs culturels (l’un d’origine soudanaise parlant l’arabe et l’anglais, l’autre d’origine afghane, parlant le dari et le pachto), l’équipe espère toucher un vaste public "largement fragilisé" par l’exil, la vie à la rue, l’incertitude administrative, et le "harcèlement policier". (...)
L’objectif de MSF est d’"identifier les cas les plus vulnérables" et de pallier l’absence de l’État. Car en plusieurs années, la situation sanitaire s’est considérablement dégradée à Calais et les associations se sont retrouvées démunies face à l’ampleur des maux à gérer.
En cause notamment : la politique gouvernementale du "zéro point de fixation", qui a poussé à davantage d’invisibilisation des migrants. Le ministère de l’Intérieur ne tolère plus la présence de campements. Dans le nord de la France, les démantèlements sont donc quasi-quotidiens, et les saisies de matériel (tentes, couvertures...) très fréquentes, selon les associations d’aide aux migrants. (...)
Conséquence : "Les exilés s’éloignent toujours plus loin" des lieux de vie connus, rappelle Serena Colagrande. "Il y a peut-être moins de personnes que pendant la période de la ’jungle’", mais leur détresse s’est démultipliée. Au total, entre 400 et 600 personnes sont aujourd’hui présentes à Calais (contre 10 000 personnes au plus fort de la ’jungle’) . (...)
Aux douleurs physiques (chutes de camions, froid, infections…) et psychiques de l’exil s’ajoutent désormais des états "d’errance mentale". "Il y a par exemple des migrants qui n’ont pas réussi leur multiples tentatives de traversée, ils n’ont plus de contacts, ils n’ont plus d’argent pour payer les passeurs. Ils se retrouvent en errance. Ce sont des personnes très éloignées des soins".
"Avant la dépression était tabou" (...)
"J’ai en tête l’histoire d’une femme qui a perdu ses enfants. Ils se sont noyés devant elle pendant une tentative de traversée. Depuis, elle se remémore en boucle ce traumatisme qu’elle a vécu. Elle a des réminiscences permanentes".
Selon les psychologues et les psychiatres interrogés ces dernières années par InfoMigrants, cet état de "transit" entre deux pays empêche également les individus de se poser et donc de surmonter les expériences traumatiques qu’ils ont vécues. (...)