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La fusée et le toboggan
/ Jean-Luc GASNIER Enseignant, membre d’ATTAC33
Article mis en ligne le 25 avril 2021

Nous pouvons être émerveillés par le spectacle du lancement de la fusée Falcon 9 mais nous sommes, dans le même temps, entraînés dans un toboggan infernal. Quand l’écosystème terrestre est menacé d’effondrement à très court terme, échafauder des plans qui ne pourront se réaliser qu’à très long terme est une pure folie.

(...) L’espace rejoint la panoplie des eldorados et des sources de profit pour les entreprises.

Avec son nouveau statut commercial, il entre maintenant au premier chef dans la catégorie des euphorisants et des outils d’aliénation déployés par le capitalisme pour faire rêver les consommateurs et pour entretenir l’illusion que le génie humain peut surmonter toutes les difficultés et les obstacles qui se dressent sur un chemin désormais cosmique. La conquête spatiale est la tête de pont emblématique de la société de progrès technologique et de croissance que nos élites promeuvent en permanence et qui devrait aussi nous permettre de relever les défis environnementaux.

Ainsi, au sein de l’ISS, une expérience - qui tient paraît-il beaucoup à coeur à Thomas Pesquet - sera menée visant à fabriquer des emballages comestibles pour ne pas générer trop de déchets. Et la mission devrait aussi permettre « de mieux comprendre le climat de notre planète » . . . Un terrien à courte vue et n’étant pas doté d’une grande curiosité scientifique pourrait penser que si l’on veut éviter de faire bouillir la marmite peut-être convient-il tout simplement de couper le gaz plutôt que d’étudier de façon plus approfondie les mouvements de convection et de conduction de la chaleur ! (...)

Avec une conquête spatiale en cours de privatisation, l’orientation de la recherche ainsi que les moyens financiers colossaux qui lui sont attribués ne font l’objet d’aucun débat et échappent à tout contrôle public. Dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, l’humanité est soumise au bon vouloir d’une petite minorité de milliardaires que les médias dominants nous présentent volontiers comme des visionnaires.

Quand l’écosystème terrestre est menacé d’effondrement à très court terme, échafauder des plans qui ne pourront se réaliser qu’à très long terme pour rejoindre Mars ou d’autres planètes encore plus lointaines est une pure folie, sans parler de l’organisation de voyages suborbitaux pour quelques privilégiés fortunés. Aujourd’hui, la conquête spatiale est une quête désespérée et désespérante, il n’y a pas de planète de rechange. Nos gènes ne sont pas faits pour coloniser l’espace mais pour habiter notre bonne vieille planète Terre. (...)

nous sommes, dans le même temps, entraînés dans un toboggan infernal pour une immense glissade vers l’inconnu comme des pantins aveulis et avec le sentiment effrayant que tout appui se dérobe.