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Marie-Claude Saliceti
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La place des femmes dans les programmes scolaires ? "Un recul dramatique"
Article mis en ligne le 25 décembre 2018
dernière modification le 21 décembre 2018

Les nouveaux programmes, qui devraient arriver à la rentrée scolaire 2019 en classe de seconde et de première, voient un recul de la place des femmes alors que des efforts avaient été réalisés ces dernières années. Une situation déplorée par l’association d’historiennes Mnémosyne.

Dans certains manuels scolaires antérieurs à 2010, on a vu apparaître des figures féminines, mais il a fallu attendre le programme de seconde publié en avril 2010 pour que les femmes soient explicitement citées dans le préambule comme actrices de l’Histoire et pouvant devenir objets d’études pour les enseignants.

Cependant, ni les thématiques proposées aux élèves, ni même le vocabulaire employé dans les leçons, n’intégraient véritablement les femmes. C’est dans les programmes de première (septembre 2010) que les choses ont commencé à bouger : les enseignants étaient invités à évoquer le rôle des femmes durant la Première Guerre mondiale, leur place dans la Résistance, et surtout un chapitre entier, "La place des femmes dans les vie politique et sociale de la France au XXème siècle", dernier chapitre du dernier thème de l’année, obligeait normalement tous les enseignants à consacrer une leçon entière aux femmes.

Dans les programmes de collège publiés en novembre 2015, on pouvait observer le même état d’esprit : un chapitre entier sur la place des femmes au 20e siècle dans les programmes de 3e, un léger saupoudrage avec quelques grandes figures pour les siècles précédents.

Sans être suffisante ni satisfaisante, c’était une première étape, dont on pouvait espérer qu’elle ouvrait la voie vers une plus grande mixité dans les enseignements.

Que pensez-vous des programmes scolaires proposés par le Conseil supérieur des programmes (CSP) ?
C.B : Ces nouveaux programmes ont suscité une immense surprise. En effet, depuis une trentaine d’années, quels que fussent leurs défauts, les programmes faisaient preuve d’un vrai désir d’ouverture et de modernisation.

Or les programmes qui sont proposés par le CSP en décembre 2018 montrent l’inverse : il s’agit de revenir à une certaine conception de l’Histoire scolaire, centrée sur la construction de la Nation et qui ne cherche pas à intégrer les problématiques récentes de la recherche. Pour l’Histoire des femmes et du genre, c’est un recul dramatique et incompréhensible. (...)

Le message que cela envoie, c’est que nos revendications ne sont pas pertinentes, notre travail n’a pas de valeur. Pourtant depuis la loi Jospin de 1989, l’égalité des filles et des garçons constitue une obligation légale et une mission fondamentale pour l’Éducation nationale.

Il me semble que promouvoir une histoire mixte, faire en sorte que les filles comme les garçons puisse se reconnaître parmi les acteurs et actrices de l’histoire, peut aider à la construction de cette égalité. (...)

La peur que vous évoquez, ce n’est pas une peur des femmes, c’est peut-être une peur de laisser émerger dans le récit historique des sujets de tensions. Or le moins qu’on puisse dire est que la place des femmes dans l’histoire est celle d’une domination.

Le rapport qui s’établit entre les hommes et les femmes à travers l’histoire est bien un rapport de pouvoir qui se fait au profit des hommes, et qui explique que les femmes soient si peu visibles dans un récit historique masculinisé. Rendre les femmes visibles, leur donner une place, c’est faire émerger des tensions.

Enfin, on peut évoquer aussi la peur du féminisme. Le mouvement féministe reste très stigmatisé en France et toute revendication d’égalité, que ce soit dans la sphère privée (domestique ou sexuelle), dans le monde du travail, dans l’espace public ou à l’école, est considéré comme une revendication féministe, donc soupçonnée d’être excessive ou illégitime. Cela la décrédibilise. (...)

Pour faire avancer la place des femmes dans l’Histoire enseignée, il faut multiplier les travaux scientifiques (déjà très nombreux) ainsi que les enseignements universitaires et continuer à proposer aux enseignants des ouvrages qui les sensibilisent et des formations les aident à adopter, autant que possible, de nouvelles démarches dans leurs cours.

Mais il est certain qu’un cadrage national, par le biais de programmes scolaires impératifs, eut été et je l’espère sera un jour, le plus sûr chemin vers l’égalité des sexes.