
Dans les campagnes françaises et dans certains quartiers urbains, les rares installations de médecins généralistes ne compensent pas les départs à la retraite. Pourtant, les députés ont aboli, le 13 avril dernier, les seules mesures un peu contraignantes qui existaient contre la désertification. Inquiets, les élus locaux multiplient les initiatives et recrutent des praticiens jusqu’en Roumanie — où nombre d’étudiants français partent se former...
(...) Depuis l’adhésion de leur pays à l’Union européenne, en janvier 2007, cinq mille praticiens roumains (sur un total de quarante-deux mille) ont fait le choix de se déraciner. Plus d’un quart d’entre eux vivent en France ; les autres se sont installés en Allemagne, en Belgique, au Royaume-Uni, en Espagne ou en Italie. « Il leur est très facile de partir, explique M. Vasile Astarastoae, président du collège des médecins (l’équivalent roumain de l’ordre des médecins). Ils sont souvent polyglottes, très bien formés, et la législation européenne assure la reconnaissance automatique de leurs qualifications (1) ainsi que la liberté d’installation dans n’importe quel pays membre. » (...)
Cet exode massif est d’autant plus inquiétant que le pays compte à peine deux praticiens pour mille habitants, soit deux fois moins que la moyenne européenne.
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Les médecins roumains ne fuient pas seulement la médiocrité des honoraires qui leur sont proposés ; ils aspirent aussi à de meilleures conditions de travail. Leur quotidien, ce sont de faibles dotations de fonctionnement, des pénuries de médicaments, des heures supplémentaires non payées, une charge de travail toujours plus lourde en raison des sous-effectifs… « Ils ont peu de chances de s’épanouir dans un système aussi mal en point, estime M. Astarastoae. Surtout quand on voit le peu de reconnaissance et de respect que leur accorde la classe politique ! » La Roumanie est l’un des pays de l’Union européenne qui investissent le moins dans la santé
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Alors, importer des médecins étrangers, un remède à la désertification médicale des campagnes françaises ? Pas si sûr. Car, selon M. Deau, « le nombre de médecins n’a jamais été si élevé en France ». Au terme de la sixième année de médecine et du concours national classant, les élèves sont répartis dans tous les hôpitaux de France en fonction de leurs résultats ; mais, après l’internat, ils partent s’installer où ils veulent. Certaines régions investissent donc de fortes sommes pour former des praticiens qui ne resteront pas.
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Les difficultés endémiques du système de santé poussent les médecins qui ont choisi de rester à cultiver un esprit d’initiative et de débrouille. « Dans le public, rares sont ceux qui se contentent de leur petit salaire, confirme M. Astarastoae, dans son bureau du collège des médecins à Bucarest. Il y a les solutions de rechange, comme l’enseignement, la recherche ou le petit boulot le soir dans une clinique privée, et puis toutes les combines illégales, comme la promotion de médicaments, le travail au noir et, plus fréquemment encore, les pots-de-vin. »
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