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Marie-Claude Saliceti
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Le RN à l’Assemblée nationale est-il un groupe politique comme les autres ?
#RN #AssembleeNationale
Article mis en ligne le 28 janvier 2023
dernière modification le 27 janvier 2023

Le RN compte 88 députées et députés à l’Assemblée nationale. Associations et syndicats doivent-ils discuter avec ces parlementaires ? Voici la réponse de Jean-Marie Fardeau, de l’association VoxPublic.

Non, le groupe Rassemblement national (RN) à l’Assemblée n’est pas un groupe politique comme les autres.

Depuis leur élection en juin 2022, les député·e·s du groupe RN sont prié·e·s par leur cheffe, Marine Le Pen, de faire bonne figure à l’Assemblée nationale pour achever la normalisation du RN et lui donner le vernis d’un « parti de gouvernement », ce qui fut autrefois un gage de respectabilité.
(...)

La normalisation recherchée par Marine Le Pen et son parti signifie-t-elle pour autant que son groupe est devenu « comme les autres » ? À cette question, quinze associations (dont Attac France, les Amis de la Terre, Fondation Copernic, Oxfam France, VoxPublic) et trois syndicats (CGT, Union syndicale Solidaires, Syndicat des avocats de France) ont répondu clairement « non » dans une tribune publiée dès le 30 septembre 2022 à la veille de la rentrée parlementaire. (...)

Une société s’enrichit quand elle sait accueillir

Ensemble, elles ont déclaré qu’elles s’abstiendront de tout contact avec le groupe RN à l’Assemblée. Elles affirmaient ainsi que « malgré sa stratégie de "dédiabolisation" au cours des années passées, les fondamentaux du RN restent les mêmes depuis quarante ans ». Elles ne contestent pas la légitimité démocratique des membres de ce groupe, dont les député·e·s ont tou·te·s été élu·e·s au suffrage universel. Elles estiment néanmoins avec lucidité qu’il serait inutile et vain de chercher à convaincre et rallier des parlementaires RN à des revendications diamétralement opposées à celles du RN.

Que peut-on négocier avec un groupe politique qui va aborder chaque politique publique par le prisme d’une vision identitaire de la société ?

La première ligne rouge est celle de la « préférence nationale », renommée « priorité nationale » dans le programme de Marine Le Pen. La doctrine du parti reste fondée sur ce rejet de « l’étranger » et un appel à légaliser les discriminations. (...)

Refuser de considérer le groupe RN comme un groupe fréquentable fait partie des actes de résistance que nous pouvons poser face à cette résistible montée de l’extrême droite. Face à la haine et au rejet de l’étranger dont on sait où ils peuvent mener une société, il faut rappeler ce que les recherches et la pratique ont démontré amplement : une société s’enrichit quand elle sait accueillir.

Le barrage républicain n’a que deux côtés

Deux autres fondamentaux du RN s’opposent aux principes d’une société inclusive, émancipatrice, respectueuse des droits et de l’environnement de chacun·e. Premièrement, celui qui prône un régime économique ultralibéral qui aggrave les inégalités et la pauvreté en France et en Europe, et provoque la destruction accélérée des écosystèmes et le réchauffement climatique. Le RN ne propose qu’une démarche écologique trompeuse et son programme économique promet un avenir radieux aux plus riches. (...)

Deuxièmement, c’est la conviction profonde de l’extrême droite qu’un pays dirigé de manière autoritaire sur la base d’un fort contrôle policier serait la réponse aux errements d’une démocratie représentative qui ne parvient plus à séduire 50 % de l’électorat (...)

La stratégie du RN est claire. Ses idées sont connues. Il n’a certainement aucune envie de discuter avec nous. Nous n’avons aucune raison de rechercher un dialogue qui ne peut mener à rien puisque nos visions du monde, de la société et même de la considération portée à chaque vie humaine, sont diamétralement opposées. Le barrage républicain n’a que deux côtés, soyons du bon.