Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Infomigrants
"Les garde-frontières bulgares ont violé les femmes sous nos yeux", témoignage d’un Camerounais refoulé par la Bulgarie
Article mis en ligne le 28 mai 2022

Narcisse Nganchop veut que son témoignage "arrive aux instances européennes" pour que les actes dont il a été témoin ne restent pas impunis. L’ancien leader du mouvement "Tout sauf Paul Biya", du nom du président camerounais, réside désormais en Turquie où il espère une réinstallation dans un pays tiers. Las d’attendre, l’homme de 38 ans a tenté d’entrer en Union européenne via la Bulgarie. Il raconte qu’à son arrivée dans le pays avec six autres personnes, les garde-frontières bulgares ont violé les trois femmes du groupe sous leurs yeux, avant de les renvoyer en Turquie. Témoignage.

(...) En avril, j’ai retenté ma chance. Avec cinq Algériens, dont deux femmes, et une Haïtienne, nous avons pris un bus pour Erdine. On a marché toute la nuit jusqu’à la frontière avec la Bulgarie, de 18h à 5h du matin. On évitait les routes, on avançait dans la forêt pour ne pas croiser de policiers. (...)

Arrivés à la frontière, on a coupé les fils barbelés pour entrer en Bulgarie et on a rejoint la ville de Golyam Dervent [ville frontalière bulgare, ndlr]. C’est là, à proximité du cimetière, qu’on a été repérés par des garde-frontières bulgares. Je ne sais pas comment ils nous ont vus, peut-être grâce à leur chien.

Ils nous ont ordonné de nous asseoir sur un bout de trottoir : ils ont pris nos téléphones, notre argent et nous ont dit de nous déshabiller pour vérifier qu’on ne cachait rien dans nos sous-vêtements. Heureusement, j’avais plusieurs téléphones sur moi, et j’ai réussi à en garder un qui était dans une des poches de mon pantalon. (...)

Puis, ils sont passés aux trois femmes. Elles ont dû se dénuder complètement. Les unes après les autres, elles ont été violées par les garde-frontières sous nos yeux. Certaines avaient leur mari dans le groupe. On était éblouis par la lumière de la lampe donc on ne voyait pas bien mais on entendait des cris et des gémissements.

Ils sont tous passés sur chaque femme : dès qu’un finissait, il transmettait la lampe torche et le chien à son collègue qui nous surveillait pendant qu’ils faisaient leurs affaires. (...)

C’était un moment atroce. Les femmes hurlaient et on ne pouvait rien faire. L’homme braquait une arme sur nous. Je ne pensais pas vivre ça au cœur de l’Europe. Je veux que ce témoignage arrive aux instances européennes car ce sont des faits très graves. Ces actes ne doivent pas rester impunis.

Dans un rapport publié le 26 mai, Human Rights Watch (HRW) assure que les autorités bulgares "battent, volent, déshabillent et utilisent des chiens policiers pour attaquer les migrants" qui entrent sur leur territoire depuis la Turquie. Selon des témoignages recueillis par l’ONG, les forces bulgares "repoussent brutalement et sommairement les migrants de l’autre côté de la frontière terrestre avec la Turquie", sans qu’ils puissent déposer l’asile.

Finalement, les femmes ont pu se rhabiller. Elles se plaignaient de douleurs dans le bas ventre. Les garde-frontières nous ont mis dans un véhicule et nous ont renvoyés à la frontière, côté turc. À aucun moment, nous n’avons pu exprimer notre souhait de demander l’asile. (...)