Bandeau
Marie-Claude Saliceti
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Infomigrants
"Les jeunes qui arrivent sont sans passeport, sans papiers et certains sont bloqués ici"
Article mis en ligne le 19 décembre 2020

(...) Moustapha s’est installé aux Îles Canaries en 2006, lors de la précédente vague d’arrivées massives de migrants. Il s’est lié d’amitié avec un jeune compatriote marocain venu par bateau en novembre.

Moustapha s’allume une nouvelle cigarette. La troisième depuis le début de la conversation. Il a la soixantaine et dit vivre ici depuis 14 ans. Les deux hommes sont attablés à la terrasse d’un café à Puerto Rico, l’un des haut lieu du tourisme balnéaire de l’Île de Grande Canarie.

"Je suis venu une première fois en Espagne en 1990 sur un petit bateau de trois mètres", se souvient Moustapha, qui mélange le français, l’espagnol et l’arabe. "On a fait Tanger-Tarifa [sur la péninsule espagnole, ndlr]. Puis j’ai habité quelques temps à La Haye, aux Pays-Bas. Mais ensuite, la police hollandaise m’a renvoyé au Maroc", explique-t-il.

"On n’a pas de travail"

Après la route de la Méditerranée, Moustafa a retenté sa chance des années plus tard pour rejoindre une partie de sa famille aux Canaries. Mais en 2006, ce n’est pas sur un bateau de trois mètres qu’il a fait la traversée de l’Atlantique. "Je suis venu par avion avec un visa", assure-t-il.

"Actuellement, je travaille dans un restaurant, mais en ce moment, on n’a pas de travail. Cela fait neuf mois qu’on ne travaille pas." Sans touristes à cause du coronavirus, l’économie des Îles Canaries tourne effectivement au ralenti. (...)

Comme beaucoup d’Espagnols, Moustafa est au chômage technique dans le cadre du dispositif ERTE, par lequel le gouvernement espagnol lui verse 70% de son salaire le temps de la crise.

Moustapha explique avoir rencontré Achraf dans le centre commercial qui se trouve à quelques centaines de mètres du café. "Il ne parle pas l’espagnol, alors je l’ai aidé à faire ses courses, à acheter des habits. Ça me fait plaisir."
Vidéo de la traversée

Achraf est originaire de Beni Mellal, une ville de 200 000 habitants dans le centre du Maroc. Il est arrivé début novembre par bateau comme plus de 20 000 autres migrants cette année.

Pour nous raconter son voyage, le Marocain sort son smartphone pour nous montrer la vidéo de sa traversée. On y voit une dizaine de personnes assises dans une petite embarcation. La mer semble calme, personne ne parle, plusieurs passagers sont entrain de regarder leur téléphone ou de filmer elles aussi. Parti de la ville côtière de Dakhla, dans le Sahara, le voyage a duré deux jours et demi.

"C’est très dangereux, il faut rester au Maroc", commente Moustapha en voyant la vidéo. (...)

"Ils sont sans passeport, sans-papiers, certains sont bloqués ici. Il faut trouver une solution. Que ce soit de les faire retourner au Maroc, de leur donner des papiers ou de leur proposer d’autres pays."

Selon les derniers chiffres de l’Organisation mondiale des migrations, les Marocains représentent la plus grande part - soit plus d’un tiers - des arrivées aux Canaries.