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Marie-Claude Saliceti
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Les réseaux sociaux, « dernier recours » des femmes battues pour se faire entendre ?
Article mis en ligne le 31 juillet 2019

Les témoignages et appels à l’aide de femmes battues, se sentant abandonnées par la justice, se multiplient sur les réseaux sociaux

« Sans Twitter, je ne serais plus là ! » Laura en est persuadée, c’est son appel à l’aide sur les réseaux sociaux qui lui permet d’être encore en vie aujourd’hui. Victime de violences conjugales de la part de son ex-compagnon, la jeune femme a posté en mai dernier une série de tweets où elle clamait son désespoir de savoir en liberté celui qu’elle accuse de « tentative d’assassinat ». Son récit a été retweeté plus de 13.000 fois… et son ex-conjoint a finalement été incarcéré, dans l’attente de son jugement.

Comme Laura, d’autres femmes victimes de violences conjugales ont lancé ces derniers mois un ultime appel à l’aide sur le Web, comme une bouteille à la mer. « Elles vont sur les réseaux sociaux pour y trouver une oreille attentive qu’elles ne trouvent pas dans les commissariats ou dans les palais de justice. C’est un espace où elles peuvent dire ce qu’elles ont vécu, témoigner des risques qu’elles encourent. C’est surtout leur dernier recours pour se faire entendre », explique à 20 Minutes Laure Salmona, co-fondatrice de l’association « Féministes contre le cyberharcèlement », qui rappelle qu’en France, 81 femmes ont été tuées par leur conjoint depuis le début de l’année. (...)

« C’est le signe d’un dysfonctionnement grave dans la prise en charge des victimes »

« Putain de Guerrières », une association qui vient en aide aux femmes battues, encourage les victimes à se servir des réseaux sociaux. « On a beau alerter la police, la justice… Personne n’écoute ! Il n’y a que les réseaux sociaux, avec cet effet de masse, qui permettent d’interpeller les préfectures, les ministères et la presse », explique à 20 Minutes Caroline Boisnoir, présidente de l’association. Et ça marche. Quelques heures après son thread sur Twitter, Laura a reçu un appel de la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes les hommes, Marlène Schiappa, qui lui proposait de l’aide…

« Le fait d’en arriver là montre aujourd’hui que la situation est grave », estime Laure Salmona. « C’est le signe d’un réel dysfonctionnement dans la prise en charge des victimes de violences conjugales. Ces femmes se sentent abandonnées par la police, par la justice. Et malheureusement, le réseau associatif, qui croule sous les appels, est complètement saturé. (...)

S’exposer ainsi, « ça peut aussi être très lourd psychologiquement »

Témoigner sur Internet permet aussi, en plus de dénoncer et d’interpeller, d’activer un réseau d’entraide. « Certaines femmes vivent en zone péri-urbaine ou à la campagne. C’est un moyen pour elles de trouver une aide, un accompagnement auquel elles n’ont pas accès. C’est un relais important pour trouver des contacts d’associations, des conseils ou des récits d’expériences similaires », ajoute la co-fondatrice de « Féministes contre le cyberharcèlement ».