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Marie-Claude Saliceti
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Libération
« Ligue du LOL » : les médias amorcent enfin leur introspection
Article mis en ligne le 14 février 2019

L’affaire de cyberharcèlement exhumée par notre plateforme CheckNews, et qui touche aussi « Libération », pourrait être le déclencheur d’une remise en question profonde et collective sur le sexisme et l’entre-soi qui gangrènent le milieu.

Pour le petit monde de la presse et des journalistes, le temps semble venu d’engager son introspection. Depuis l’affaire Weinstein et l’émergence du mouvement « MeToo », les médias ont ausculté les structures de domination - masculine - s’exerçant contre les minorités et les femmes, dans une kyrielle d’univers très différents. Culture, politique, entreprise, sport, tous les milieux ont été disséqués. Racontée vendredi par Libération, l’histoire de la « Ligue du LOL » (impliquant deux journalistes travaillant actuellement pour Libé) dont certains membres sont accusés d’avoir mené des campagnes de cyberharcèlement il y a plusieurs années, a tout pour servir de déclencheur à une vaste autocritique. Où l’analyse des abus de pouvoir, des rapports de force, des inégalités et des manquements de la profession pourraient conduire à une grande remise en cause. (...)

Dire que la corporation est restée muette depuis la déflagration Weinstein, il y a un an et demi, serait faux. Ici et là, des cas individuels témoignant de situations de domination ont émergé, parfois publiquement. Parmi les faits les plus graves, deux plaintes déposées par des journalistes contre un dirigeant de TF1, Eric Monier, et un présentateur de LCP, Frédéric Haziza - respectivement pour harcèlement sexuel et agression sexuelle -, ont été très médiatisées. La première a été classée sans suite, les faits étant prescrits. La seconde a abouti à un rappel à la loi pour la personne visée. D’autres affaires, non éventées, ont été traitées en interne. Mais ces épisodes n’ont pas débouché sur la prise de conscience massive qu’on pouvait attendre de la part d’un milieu s’affichant souvent comme progressiste et donc soucieux de l’égalité des genres et des minorités. (...)

Dans la profession, beaucoup de voix s’élèvent pour que cette affaire engendre une réflexion. (...)

Qu’elle conduise à s’interroger sur l’uniformité au sommet des médias et des rédactions, née de mécanismes de cooptation, de valorisation et d’autopromotion dont ladite « Ligue » fournit un bel exemple. « Les membres de la "Ligue du LOL" se sont construits collectivement une image de "mecs cools", de personnes marrantes, brillantes. C’est grâce à cet esprit de corps masculin qu’ils ont atteint les postes de pouvoir qu’ils occupent aujourd’hui. C’est la logique même du sexisme qui sévit toujours dans le journalisme », analyse pour France Info Aude Lorriaux, porte-parole de Prenons la une, collectif de femmes journalistes. (...)

« Boys club »
Publiés la semaine dernière, les chiffres 2019 de la Commission de la carte de presse ont rappelé la cruelle réalité : sur 470 « directeurs » de médias titulaires de cette carte, 372 sont des hommes. Ce n’est pas sans entraîner une culture virile, voire machiste, une atmosphère de « boys club » dans les entreprises ainsi dirigées. Et avoir des effets déformants sur la perception du monde, donc sur le travail éditorial. (...)

Le monde des médias prend peu à peu conscience du phénomène et des travers qu’il engendre. Des actions ont été engagées. (...)