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Marie-Claude Saliceti
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orient XXI
Maroc. Débat houleux sur l’égalité dans l’héritage
Article mis en ligne le 6 décembre 2018
dernière modification le 4 décembre 2018

Alors qu’une loi sur l’égalité dans l’héritage entre hommes et femmes en Tunisie est désormais à l’ordre du jour, le débat s’étend au Maroc. Où les oppositions religieuses rejoignent la volonté des hommes, même vivant « à l’occidentale », de maintenir leurs privilèges.

« La loi concernant l’héritage va changer, c’est inévitable, » assure l’ancien prédicateur salafiste Mohamed Abdelwahab Al-Rafiki, plus connu sous le nom d’Abou Hafs. Condamné à trente ans de prison en 2003 pour incitation au terrorisme, il a été gracié en 2012, après les manifestations du Mouvement du 20 février, né en 2011 dans le sillage des révolutions tunisiennes et égyptiennes, dont l’une des revendications principales était la libération de tous les détenus politiques.

UNE LIGNE ROUGE

Aujourd’hui, Abou Hafs revendique l’égalité en héritage et dénonce une injustice envers les femmes, amenées à jouer un rôle croissant au sein de la société marocaine et victimes, selon lui, d’une loi inadaptée dans le Maroc d’aujourd’hui. D’après cette loi, en effet, une femme reçoit la moitié de ce dont hérite un homme. Pour avoir osé s’exprimer sur ce sujet tabou, le prédicateur s’est attiré les foudres de ses anciens compagnons salafistes. Il a même reçu des menaces de mort sur les réseaux sociaux. Ses prises de position ont toutefois eu le mérite de redynamiser le débat sur ce sujet de société qui s’impose discrètement à travers le pays. (...)

En 2014, la psychanalyste et galeriste Hakima Lebbar, éditrice du livre Les hommes défendent l’égalité en héritage (Fan-dok, 2017) avait sollicité une centaine de personnes pour participer à une exposition sur l’héritage. Seules quatre avaient répondu, se souvient-elle. « Cela a énormément progressé depuis, avec la Rabita mohammadia des oulémas1 et Asma Lamrabet2, le Conseil national des droits de l’homme (CNDH), les associations féminines. Plusieurs pôles se sont intéressés au sujet, » affirme-t-elle. (...)

LE MODÈLE TUNISIEN

Depuis, le débat s’étend, progresse à petits pas au sein de la société civile et est relayé dans la presse locale, sans toutefois trouver de véritables relais au sein de la classe politique. C’est donc vers la Tunisie que se tournent les militants marocains pour observer et nourrir une éventuelle traduction politique de leur mobilisation. Les avancées en Tunisie et la position assumée du président Beji Caïd Essebsi sur le sujet ont fait naître un réel espoir chez les défenseur.e.s de l’égalité en héritage au-delà des frontières tunisiennes. Un projet de loi très attendu doit y être discuté dans les prochaines semaines.