Le ministre de l’intérieur autrichien d’extrême droite, Herbert Kickl, veut remettre sur la table l’idée, déjà repoussée par le conseil européen, de « plateformes de retour » pour les migrants.
Il y avait bien plus de policiers que de migrants, jeudi 12 juillet, à Innsbruck, la superbe capitale du Tyrol autrichien, pour le premier conseil européen des ministres de l’intérieur sous présidence autrichienne. Un rendez-vous consacré à la migration, et tout à fait conforme à la vision qu’en développe le gouvernement de Sebastian Kurtz à Vienne : 100 % sécuritaire.(...)
Le centre historique d’Innsbruck avait été entièrement bouclé depuis la veille par des centaines de policiers lourdement armés, et les vingt-huit ministres de l’intérieur de l’Union européenne (UE), dont l’Italien Matteo Salvini et l’Allemand Horst Seehofer, ont tous été accueillis par une sorte de parade militaire, fanfare à l’appui. Avec ballet ininterrompu d’hélicoptères en deuxième fond sonore.(...)
L’Autrichien prône de nouveau des « plates-formes » dans les « pays tiers » essentiellement destinées aux migrants qui auraient été déboutés du droit d’asile en Europe. Des « plates-formes de retours » où ces personnes seraient parquées en attendant de rentrer dans leur pays d’origine.(...)
plus aucun migrant ne devrait pouvoir demander l’asile sur le sol européen. Il l’avait répété aux médias européens et à la presse autrichienne sur tous les tons la veille : M. Kickl souhaite une « révolution copernicienne » pour la question migratoire européenne. Et la seule solidarité qui vaille désormais entre Européens, selon lui, concerne « la gestion des frontières extérieures de l’Union », explique t-il dans le quotidien régional autrichien Tiroler Tageszeitung, mercredi 11 juillet.
« Une de nos priorités est de sauver des vies »(...)
Si l’idée de ces plates-formes exclusivement consacrées aux « retours » a pour l’instant été repoussée, c’est surtout parce qu’aucun pays tiers ne s’est manifesté pour héberger ces prisons à ciel ouvert. La Tunisie et le Maroc ont clairement dit non. Jeudi matin, encore, le ministre macédonien des affaires étrangères, Nikola Dimitrov, a repoussé fermement la proposition, après l’Albanie quelques semaines plus tôt.
« Avez-vous entendu un seul pays tiers acceptant d’héberger un seul de ces camps ? », a souligné le commissaire européen à la migration, Dimitris Avramopoulos, à son arrivée jeudi à Innsbruck. A noter que le responsable grec, clairement en défaveur de cette option « autrichienne », fut le seul, en début de matinée à Innsbruck, à insister sur la nécessité de traiter le sujet migratoire avec humanité. « Une de nos priorités est de sauver des vies et de traiter les gens dans la dignité, a souligné le commissaire, la Commission est claire : nous devons nous en tenir aux valeurs de l’Union, et au respect de la convention de Genève sur les réfugiés. »
Responsabilité partagée
Quant à l’externalisation totale de l’asile, les pays africains, premiers intéressés mais pas officiellement conviés à la table des discussions, n’en veulent absolument pas, assure un diplomate proche des discussions. Ils seraient d’accord pour discuter, mais d’une responsabilité partagée de l’asile. (...)