Un militaire néonazi, dont le cas avait été évoqué il y a huit mois par Mediapart, a été interpellé en novembre par des douaniers. L’armée, elle, ne l’avait sanctionné que de vingt jours d’arrêts. Ce cas pose une nouvelle fois la question de la grande tolérance de l’institution vis-à-vis de militaires fascinés par le Troisième Reich. D’autant que Mediapart a encore découvert de nouveaux cas.
Lorsque les douaniers perquisitionnent la maison à Mesnil-en-Ouche, dans l’Eure, ce 20 novembre, ils n’imaginent pas l’ampleur de ce qu’ils vont trouver : un arsenal de cent trente armes (dont des fusils d’assaut AR-15 et AK-47, au moins deux pistolets-mitrailleurs, des armes de poing, deux fusils à pompe à canon et crosse sciés), 200 kilos de munitions, des grenades et cinq cartouches de 20 mm pour mitrailleuse d’avion, comme l’a rapporté Le Monde. Mais aussi un drapeau de la Kriegsmarine, la marine de guerre allemande sous le Troisième Reich, une croix gammée sur une toile de jute, un portrait d’Adolf Hitler et la preuve de l’inaction de l’armée française.
Depuis un an et demi, Mediapart a publié à deux reprises des enquêtes sur la présence de néonazis au sein de l’institution. À chaque nouvelle révélation, le ministère des armées a promis de faire le ménage, sans que cela soit suivi d’effet. Même si, contacté, celui-ci nous affirme que « toute dérive idéologique est sanctionnée sans complaisance ». (...)
Le samedi 20 novembre, Pierre N. et Gaëtan D. ont été interpellés à l’occasion d’un contrôle douanier dans l’Eure. Les deux amis, âgés de 25 ans, étaient de retour d’une séance de tir en rase campagne avec des armes dûment enregistrées, donc légales. Mais l’activité à laquelle ils s’adonnaient, elle, n’en demeure pas moins interdite.
Les douaniers poursuivent leurs investigations au domicile de Pierre, et c’est là qu’ils découvrent l’arsenal et la propagande néonazie. Pierre déclarera être collectionneur d’armes et d’objets de la Seconde Guerre mondiale. Par ailleurs, toujours selon lui, il réparerait les armes pour le compte d’autres personnes. (...)
À l’issue de leur garde à vue, Pierre N. et Gaëtan D. ont été mis en examen pour acquisition et détention d’armes. (...)
L’avocat souligne que le parquet n’a pas demandé leur placement en détention provisoire et que ses clients sont libres sous contrôle judiciaire. Ce qui n’empêche pas l’affaire de susciter de nombreux articles, en raison, au-delà du nombre d’armes saisies, de son contexte.
Pierre N. est outilleur, il n’est pas militaire. Le problème, c’est que son ami, lui, l’est. Et que sa fascination, au minimum, pour le Troisième Reich, était connue depuis huit mois et les révélations de Mediapart sur une filière néonazie dans l’armée. Le problème, c’est que la ministre des armées, Florence Parly, avait promis la plus grande fermeté à l’égard de ces soldats qui affichaient leurs sympathies pour cette idéologie.
Le problème, c’est que depuis cette prise de parole, et sans doute en l’absence de sanctions sérieuses pour les contrevenants, Mediapart a découvert d’autres militaires ne cachant pas leurs convictions. En toute impunité. (...)
Après la publication de nos deux enquêtes pointant la présence d’une soixantaine de militaires néonazis, nous avions écrit, sans doute naïvement, un article titré : « Le début d’un grand ménage ? » Au moins quatre des militaires évoqués dans nos enquêtes avaient été exclus ou étaient en passe de l’être et les hauts gradés promettaient une nouvelle salve de sanctions.
En effet, les plus hautes autorités du ministère des armées se succédaient dans les médias et sur les réseaux sociaux pour reconnaître l’utilité de notre enquête. « Mediapart accroît la vigilance des armées sur un sujet que les armées surveillent de très près en permanence », avait assuré le général François Lecointre, alors chef d’état-major des armées. Le porte-parole des armées Hervé Grandjean avait de son côté tweeté : « Tolérance zéro. Il n’y a pas de place pour les comportements haineux et extrémistes au ministère des armées. »
Entendue par la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, la ministre Florence Parly avait conclu que « ces révélations doivent nous inciter à redoubler de vigilance ». (...)
Bref, on allait voir ce qu’on allait voir. Mediapart a interrogé le ministère des armées pour savoir en définitive, sur la soixantaine de cas révélés, combien avaient été sanctionnés, quelle avait été la nature de leur sanction et combien ont été exclus de l’armée. D’après le ministère, une quinzaine d’entre eux ne faisait déjà plus partie des armées, au moment de nos révélations. Et « les individus encore dans nos rangs et pour lesquels les faits étaient avérés ont été sanctionnés. Les sanctions sont allées de jours d’arrêts à des radiations ou à des résiliations de contrat ». Et d’avancer que quatre militaires ont été exclus « à l’issue de procédures disciplinaires menées jusqu’à leur terme ». Et d’insister : « Pour une quinzaine d’entre eux, le contrat n’a pas été prolongé. » Ce qui n’est pas une sanction.
En réalité, les sanctions « lourdes » évoquées par le ministère à chaque nouvelle affaire paraissent bien légères (...)
L’armée s’attaque plutôt au paraître qu’à la racine du problème. Ainsi, au lendemain de la parution de notre dernière enquête, L’Union rapportait qu’un ex du 132e régiment d’infanterie cynotechnique (RIC), comptabilisé dans notre enquête mais n’étant pas cité dans notre papier, avait été contacté par son ancien régiment « afin qu’il supprime [sur les réseaux sociaux] ce qui rappelle son passé militaire »…
Pendant ce temps, des militaires d’active continuent d’afficher sur les réseaux sociaux leur amour du Troisième Reich et d’Adolf Hitler.
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À l’issue de nos nouvelles révélations, que dira cette fois-ci Florence Parly ?