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Où la révolution numérique mène t-elle ?
Article mis en ligne le 2 septembre 2016

La révolution numérique s’est imposée à la fin des années 2000 quand des milliards de personnes ont pu se connecter à Internet. Cette révolution technique n’obéit à aucune volonté politique de transformation sociale et personne ne connaît la direction qu’elle nous fait prendre. Même si elle est jugée en général positivement grâce au surcroît de liberté qu’elle apporte, des évaluations plus critiques mettent en cause les nouvelles formes de contrôle et de domination qui l’accompagnent.

(...) nous venons de cinquante ans d’informatisation au cours desquels sont apparues quatre grandes problématiques sociétales, au fur et à mesure de la progression des applications :

  • la surveillance sociale accrue par l’accumulation des données sur les individus que les Etats démocratiques veulent limiter dans les années 1970, avec des lois sur la protection de la vie privée ;
  • la sécurité publique qui, après les attentats du 11 septembre 2001, amène à considérer les techniques d’information comme la première arme de lutte contre le terrorisme ;
  • la communication avec l’invention du micro-ordinateur et de l’Internet grand public qui se traduit dans les années 2000, par une explosion des messages dans le monde ;
  • la marchandisation avec l’apparition sur le réseau, au cours de ces mêmes années, de monopoles privés qui convertissent les données personnelles en ressources économiques de premier ordre. (...)

ce n’est qu’après les attentats du 11 septembre 2001, que l’Etat américain devient véritablement un Etat de surveillance global. Dès lors, les Etats-Unis considèrent la sécurité comme une priorité absolue passant avant le respect des droits individuels et la surveillance de la population à l’aide de technologies informatiques comme la solution la plus efficace pour prévenir les risques.

Le projet Total Information Awareness conçu par le Pentagone est parfaitement explicite à cet égard : il s’agissait de centraliser et de traiter les données disponibles sur les habitants de la planète afin d’établir, pour chaque individu, la traçabilité la plus complète. Même si ce projet n’a pas vu le jour faute de crédits, on sait aujourd’hui grâce aux révélations du lanceur d’alerte Edward Snowden qu’il a été réalisé au moins partiellement par l’Agence de sécurité nationale NSA, avec la participation des grandes entreprises du Net (Google, Apple, Facebook, Amazon…) qui ont mis à sa disposition les énormes masses d’information collectées sur les individus. (...)

Le statut du nouvel espace de communication n’a jamais fait l’objet d’une définition claire. Il est mal identifié par ses usagers qui peuvent avoir le sentiment de s’exprimer en toute liberté dans un espace privé et éphémère et ignorer l’ombre numérique qui les suit en permanence. L’entre-deux de public et de privé sert les intérêts des grandes entreprises du Net qui, grâce à l’automatisation de la collecte, s’approprient les données des internautes. Attirés par la gratuité et la qualité des services, ces derniers évitent de se poser trop de questions. Le brouillage des frontières menace un des fondements de la démocratie, la vie privée (...)

Plus de suppressions d’emplois que de créations

Des économistes constatent que la révolution numérique n’a pas transformé les biens, les services et les modes de production à la hauteur des bouleversements provoqués par les révolutions industrielles antérieures. La nature du progrès technique n’est pas la même : alors qu’au 19ème siècle il s’agissait de rendre les travailleurs plus productifs, il s’agit aujourd’hui de les remplacer par des logiciels. En référence à la conception schumpétérienne d’une destruction créatrice, se trouve dès lors démentie la thèse qui estime que les emplois générés par la machine compensent ceux qu’elle fait perdre.
(...)

Jacques Ellul a appelé de ses vœux une révolution qui réduirait drastiquement le temps de travail et abolirait le salariat grâce à de nouvelles modalités de répartition de la richesse. Dans le même sens, André Gorz a pensé une société où le travail salarié ne serait pas la principale source de revenu. Car une utilisation subversive des nouvelles techniques d’information et de communication, une dissidence numérique, peut assurer une production non-marchande de richesses en échappant au salariat et à la logique du profit.