Bandeau
Marie-Claude Saliceti
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
CQFD
Quand l’Asie du Sud-Est déborde sous les déchets occidentaux
Article mis en ligne le 20 décembre 2019

Depuis que la Chine a dit stop, des cargos entiers d’ordures du monde « développé » sont envoyés dans d’autres pays asiatiques… qui avaient déjà du mal à s’occuper de leurs propres détritus. Au bout de la chaîne, des populations pauvres subissent la pollution.

En Indonésie, seules les grandes villes organisent la collecte de déchets. Slamet aimerait monter une asso écolo pour s’organiser, trier et vendre ce qui peut être recyclé, composter les matières organiques et pour le reste… on verra. Pour l’instant, il est un peu seul à s’inquiéter des fumées pleines de dioxine.

Plus près de la capitale provinciale, Surabaya, les militant•es écolos de l’association Ecoton sont plus rodé•es. Depuis des années, ces biologistes de formation alertent sur la qualité des eaux du fleuve Brantas dont les poissons deviennent hermaphrodites, probablement à cause des dépôts de micro-plastiques qu’on retrouve dans leurs entrailles.

Tri-athlètes occidentaux et chiffonniers javanais

L’Indonésie déborde sous ses déchets… et maintenant sous les nôtres, à nous les Occidentaux qui faisons bien le tri. Trop bien, d’ailleurs. On appelle ça le wishcycling : ce petit pot de yaourt bio ou vegan pas recyclable, si je le triais avec les plastiques recyclables, peut-être que ça marcherait ? Non ? [1]

Sous le nom générique de plastique, on trouve de tout, marqué de 1 à 7 sur l’emballage. 1 pour le polytéréphtalate d’éthylène (PET), celui des bouteilles d’eau ou de soda. 2 pour le polyéthylène haute densité (PE-HD), celui des bouteilles de lait, d’huile ou de lessive. 5 pour le polypropylène (PP) dont on fait des usages variés. Les autres sont à jeter, brûler – on fait comme on peut.

Depuis 1950, quand les industriels ont commencé à généraliser l’emballage jetable pour rejeter leurs coûts sur la collectivité [2], seulement 9 % des plastiques produits dans le monde ont été recyclés. D’autres industriels font leur business dans le traitement des déchets, incinération ou recyclage, mais un mauvais tri (wishcycling ou négligence) renchérit le coût du recyclage. Alors soit tout est brûlé ensemble dans nos incinérateurs, soit les déchets sont envoyés vers des pays où de plus pauvres pourront faire leur miel de nos poubelles : une bouteille PET de soda à revendre à une usine locale, un billet de 5 dollars canadiens… Sur leur tas de déchets à quelques kilomètres des locaux d’Ecoton, des chiffonniers exhibent l’une de leurs trouvailles, un drapeau états-unien.

Un commerce mondial de déchets

Depuis la crise des déchets de 2018, les pays d’Asie du Sud-Est doivent traiter tant bien que mal des détritus du monde entier. Quelle crise ? La Chine, qui faisait le boulot, a prévenu mi-2017 qu’elle fermerait ses portes au 1er janvier suivant et les industriels ont reporté une partie de leur activité vers des endroits où l’on ne sait déjà pas quoi faire des déchets locaux.

Malgré leur usage abondant de plastiques, ni l’Indonésie, ni la Thaïlande ou la Malaisie n’ont de solution technique miraculeuse pour les traiter. Ce sont en revanche des États aux législations environnementales peu exigeantes (...)

Konbini s’indigne dans une courte vidéo de briques de lait français au milieu des cocotiers et nous apprend au passage que ce sont seulement 2 % de nos déchets qui font de tels dégâts. L’AFP et Konbini seront les seuls à traiter correctement le sujet en France. Crise globale des déchets plastiques et de la qualité des eaux, aberration écologique de détritus transportés sur des dizaines de milliers de kilomètres, aspects néocoloniaux du libre-échange, pitié pour des populations rendues malades par nos plastiques ou qui trouvent de quoi vivre en fouillant dans nos poubelles… d’autres publications, notamment américaines, couvrent mieux la question. (...)