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Marie-Claude Saliceti
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Mediapart
Retrait de plainte, nouveaux SMS : les derniers rebondissements de l’affaire Darmanin
Article mis en ligne le 28 janvier 2021
dernière modification le 27 janvier 2021

Alors qu’il avait promis d’aller « jusqu’au bout », Gérald Darmanin a retiré sa plainte en « dénonciation calomnieuse » à l’encontre de l’habitante de Tourcoing qui l’avait attaqué pour « abus de faiblesse » en 2018. Son entourage a aussi exhumé dans la presse des SMS dans lesquels la plaignante prendrait sa défense. Un revirement qui interroge, étant donné les accusations de la jeune femme, qu’elle n’a jamais démenties.

(...) Conforté par le classement sans suite de l’enquête, en mai 2018, le ministre avait répété son intention de faire condamner son accusatrice (...)

Gérald Darmanin a en revanche maintenu sa seconde plainte en « dénonciation calomnieuse », déposée à l’encontre de Sophie Spatz-Patterson, dont les accusations de viol font toujours l’objet d’investigations judiciaires (...)

Ces dernières semaines, son entourage ne s’est en revanche pas privé d’exhumer des SMS qu’aurait adressés la jeune femme à Gérald Darmanin depuis sa nomination au ministère de l’intérieur, pour tenter de montrer qu’elle n’exprimait aucun ressentiment à son égard.

Sur Europe 1, le 22 juillet, l’un des deux avocats du ministre, Me Mathias Chichportich, a ainsi glissé que Sarah avait félicité Gérald Darmanin après sa nomination Place Beauvau, le 6 juillet. L’avocat a lu à l’antenne le message qu’aurait envoyé Sarah à Gérald Darmanin, sans rien dire du contexte de ce SMS : « Toutes mes félicitations, je vous souhaite toute la réussite dans ce grand poste qui vous mènera par la suite à la présidentielle. »

Cet épisode n’a rien de sensationnel. En 2017, déjà, malgré le sentiment qu’elle avait d’avoir été abusée en 2016, l’habitante de Tourcoing avait félicité le maire de Tourcoing pour son entrée au gouvernement, comme l’avait raconté Mediapart. Aux policiers, elle avait expliqué avoir envoyé ces SMS, car elle était encore dans l’attente d’une aide de l’élu de Tourcoing pour un logement ou un emploi. Leurs échanges s’étaient poursuivis jusqu’en janvier 2018.

Sur Europe 1, l’avocat a aussi affirmé que la plaignante avait à nouveau écrit au ministre quelques jours plus tard, lui expliquant avoir reçu une demande d’une journaliste de Mediapart et souhaitant tourner la page.

Deux jours plus tard, c’est Le Journal du dimanche (propriété du groupe Lagardère, comme Europe 1), qui a rendu publics de nouveaux SMS qui auraient été envoyés par Sarah le jour du passage de Me Chichportich à la radio. Là encore, le contexte de ces messages n’est pas donné.

La Tourquennoise aurait écrit au ministre les messages suivants : « Je trouve ça honteux qu’on puisse accuser à tort » ; « Et je vais rajouter vous êtes pas un violeur moi je sais ce que c’est un violeur en 2003 j’ai failli être violée je me suis échappée » ; « Pour moi, il n’y a pas abus de pouvoir ni de trafic d’influence », aurait aussi écrit la jeune femme.

Élément curieux : dans tous ces SMS, la plaignante vouvoie Gérald Darmanin, alors que dans leurs échanges de 2017 et 2018, ils se tutoyaient mutuellement. Sur la forme, le style tranche avec l’écriture phonétique et les fautes d’orthographe de ses messages passés. Sur le fond, l’affirmation selon laquelle il n’y aurait « pas abus de pouvoir » est en contradiction totale avec ses déclarations tout au long de l’enquête. (...)

Le parquet de Paris ouvre alors une enquête préliminaire, dont l’existence est révélée le lendemain par Le Point – mais pas son contenu, ni l’identité de la plaignante. Mediapart sollicite la jeune femme via son avocate de l’époque, pour recueillir son récit. Après plusieurs jours d’hésitation, elle accepte de recevoir l’un des auteurs de ces lignes à son domicile, à Tourcoing, accompagnée de son avocate.

Ce soir de février, sa « peur » est perceptible d’entrée : méfiante, terrifiée et en train de « devenir parano » depuis son dépôt de plainte, dit-elle, elle refusera de prononcer un mot de la gare de Tourcoing à son domicile, où elle nous conduit. Il faudra attendre d’arriver entre ses murs, porte et loquet fermés, pour qu’elle s’exprime. Et qu’elle nous demande, avant toute chose, de signer un accord de confidentialité manuscrit, nous interdisant de divulguer son identité dans notre article – ce que nous avons accepté, la présentant sous le prénom d’emprunt de « Sarah » dans nos colonnes.

La jeune femme vit seule dans un petit appartement d’un quartier populaire de la ville nordiste. Son parcours, d’après son récit, est celui d’une femme ayant vécu « plein de malheurs dans [sa] vie » – dont des faits de violences –, « n’arriv[ant] pas à trouver un emploi », et vivant des « fins de mois difficiles ». « Je n’ai pas eu une vie facile, je suis en précarité, je ne suis pas vraiment instruite, je n’ai pas eu cette chance-là d’étudier », nous avait-elle confié.

Pendant plusieurs heures ce soir-là, Sarah nous avait relaté sa version des faits. L’histoire, selon elle, aurait débuté en septembre 2015, lorsqu’elle s’est rendue à la mairie de Tourcoing pour retirer son nouveau passeport et y a croisé fortuitement Gérald Darmanin, qui était alors maire et député de la ville. Elle ne le connaissait pas, et lui aurait fait part de sa demande de logement. (...)