Jean-Pierre Lacan et Michel Tudesq, administrateurs de SOS Méditerranée France, rappellent l’importance d’informer les Français au sujet des drames quotidiens qui se déroulent en Méditerranée.
(...) Jean-Pierre Lacan : SOS Méditerranée est une association de sauvetage. La Méditerranée est une route migratoire extrêmement dangereuse, où depuis 2014, 19 000 personnes sont mortes selon l’Organisation internationale pour les migrations. Notre mission est née d’une valeur très forte que les marins ont chevillée au corps : la solidarité des gens de mer. Cette obligation est au centre du droit maritime. Pour nous, ce ne sont pas des migrants, mais des naufragés. Escale à Sète développe cette valeur depuis sa création. Que l’on soit marin de la grande pêche, du commerce, de plaisance, nous sommes tous unis par ce milieu qui est un espace de liberté, mais aussi de danger. Naviguer représente un risque, et on ne peut le prendre que si on a la certitude que quelqu’un viendra nous sauver, si l’on est en difficulté. Notre présence ici a du sens, car nous faisons partie intégrante de la famille maritime. Et au premier jour de l’histoire de SOS Méditerranée, il y a un marin allemand, Klaus Vogel.
Michel Tudesq : Le terme de solidarité questionne parfois, puisque cette notion sous-tend un échange : je te porte secours et un jour tu me porteras secours. Certains nous disent que ce n’est pas de la vraie solidarité car les gens que l’on aide ne nous porteront jamais secours. D’abord, ce n’est jamais sûr. Et puis, quand on arrive à cette extrémité-là, je dis toujours que si ce n’est plus de la solidarité, on entre alors dans le champ de la fraternité. Et la fraternité fait partie de notre Constitution et de nos gènes.
Sur quelle juridiction vous basez-vous ?
JPL : Le droit de la mer a repris certaines dispositions de la Convention de Genève de 1951 qui porte notamment sur l’accueil des réfugiés. L’un des points est, par exemple, l’interdiction de reconduire tout candidat à l’asile dans son pays de départ, où ses droits ne seraient pas respectés. C’est ce qu’on appelle un port sûr, "place of safety". (...)
On a pris le parti d’aller sauver ces gens et par la même occasion de sauver notre âme aussi, celle des Européens dans un contexte de chaos humanitaire. Quand on l’explique ainsi, en général, les gens sont ébranlés. Et s’ils arrivent avec des certitudes idéologiques, ils finissent par nous écouter. (...)
JPL : L’ampleur de la solidarité envers les Ukrainiens est importante car le drame est terrible. Nous avons le sentiment qu’elle est plutôt de nature à faire évoluer l’opinion dans le sens d’une plus grande solidarité à l’égard de tous ceux qui sont contraints à quitter leur pays. On s’exile toujours la mort dans l’âme. Les populations européennes se rendent bien compte de ce qui est à l’origine des départs des réfugiés. Et ces raisons valent autant pour les Ukrainiens, que pour ceux qui prennent le risque de franchir la Méditerranée. (...)
JPL : Quelques collectivités nous subventionnent et nous les remercions. Lorsque le Rassemblement national est présent dans les conseils départementaux ou municipaux, certaines oppositions s’expriment. Des recours ont été portés devant les tribunaux administratifs. Que l’on soit clair : ils les ont tous perdus en première instance. Des appels ont été faits, nous attendons encore les décisions finales. Quant à l’élection, nous ne nous plaçons pas dans cette hypothèse. Nous n’allons pas épiloguer sur ce qui pourrait advenir le 24 avril, au deuxième tour de l’élection présidentielle. (...)
JPL : Notre présence à Escale à Sète s’explique par cette nécessité d’informer le grand le public sur la situation en Méditerranée. On le fait également dans des écoles. SOS Méditerranée bénéficie d’un label de l’Éducation nationale comme association complémentaire de l’enseignement public. On est à plus de 2000 élèves rencontrés.