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Séquencer le génome de l’ensemble des êtres vivants sur Terre
Article mis en ligne le 4 août 2019
dernière modification le 2 août 2019

La « proposition la plus ambitieuse de l’histoire de la biologie » [1] : les promoteurs du projet de séquençage du génome de l’ensemble des être vivants sur Terre n’y vont pas par quatre chemins. Leur objectif ? « Fournir de nouvelles ressources pour faire face à la perte rapide de la biodiversité, (...) [et fournir de] nouvelles sources de nourriture, des matériaux révolutionnaires bio-inspirés et des innovations pour traiter les maladies des êtres humains, des animaux et des plantes »… Inf’OGM s’est penché sur ce projet de « bibliothèque numérique complète de la vie » qui « déterminer[a] la survie de la vie sur notre planète ». Ambitieux certes, mais potentiellement dangereux, on vous explique pourquoi.

Lors du Sommet de Davos de 2018, un nouveau projet était annoncé : celui de décrypter le génome de tous les êtres vivants sur Terre, en dix ans, et pour une somme de 4,7 milliards de dollars, ce qui, au passage, en dit long sur la chute drastique du coût de séquençage [3]. Ce projet, appelé EarthBioGenome Project (EBP), était né en novembre 2015, au Smithsonian Institution, institution publique de recherche scientifique à Washington (États-Unis) (...)

Ce sont ces 1,5 million d’espèces connues d’eucaryotes qui sont visées dans ce projet, le génome des autres, les procaryotes, étant étudié dans le cadre d’un autre projet, le Earth Microbiome project (...)

On se doute que pour se lancer dans une telle initiative, de nombreux objectifs sont mis en avant. Ils vont depuis l’acquisition de connaissances sur la biologie, les écosystèmes et l’évolution, jusqu’aux bénéfices pour le bien-être humain (santé, agriculture, biomatériaux…), en passant par la protection de l’environnement et de ces êtres vivants (...)

Mais le projet fait surtout miroiter des retombées financières phénoménales, à partir d’extrapolations aussi simples qu’invérifiables : on a séquencé aujourd’hui le génome de seulement 0,2 % des eucaryotes ; et les revenus annuels aux États-Unis des plantes et microbes génétiquement modifiés se monteraient déjà à 300 milliards de dollars, soit 2 % du PIB [8]. Les promoteurs du projet soulignent également que si le gouvernement étasunien a investi trois milliards de dollars pour décrypter le génome humain, les retombées économiques sont déjà chiffrées à plus de... mille milliards de dollars, là encore, un chiffre invérifiable (...)

Bref, la démonstration serait faite : de gros bénéfices sont à attendre de ce décryptage général des génomes des êtres vivants. (...)

Redoubler de vigilance pour protéger le bien commun

Deux types de critiques sont apportées à ce projet. Tout d’abord, sur le fond même du projet. Séquencer le génome des être vivants pour comprendre le vivant peut s’avérer illusoire, ou du moins très insuffisant : depuis les dogmes initiaux de la génétique, les scientifiques ont découvert l’épigénétique. Cette science montre que l’ADN n’est pas tout et que deux génomes aux gènes semblables peuvent générer des caractéristiques différentes, selon la conformation des gènes et les diverses molécules qui y sont attachées (méthylation par exemple). L’EBP ne serait dès lors qu’une étape vers la réelle compréhension du vivant.

L’autre critique concerne la propriété du vivant. Elle est exprimée entre autres par Lili Fuhr, de la Fondation allemande Heinrich Boell : « Si nous n’agissons pas maintenant (...), nous pourrions nous réveiller un jour et nous rendre compte que tout l’ADN des êtres vivants est décodé, placé dans une seule base de données et exploité à des fins commerciales et pour la création d’organismes synthétiques » (...)

Plane ici le spectre des séquences génomiques brevetées empêchant, entre autres, les paysans de les utiliser, comme ce fut le cas en France pour le semencier Gautier avec ses laitues [24].

Finalement, on comprend mieux que ce projet - que ses promoteurs qualifient d’« économie inclusive » et de « quatrième révolution industrielle » - ait été annoncé lors du Forum économique de Davos de 2018. Prévenus, les citoyens devront redoubler de vigilance pour éviter cette spoliation du patrimoine génétique de l’humanité, notre bien commun.