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Marie-Claude Saliceti
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Reporterre
Un projet d’aéroport pour les riches menace un joyau des Pyrénées
Article mis en ligne le 17 avril 2021

Construire un aéroport au milieu d’un vallon qui abrite de nombreuses espèces, c’est le projet prévu en Andorre. Une construction énergivore aux conséquences irréversibles sur l’écosystème, qui crée l’ire de nombreux habitants et élus des deux côtés de la frontière franco-espagnole.

Sur les hauteurs, la vue sur le vallon est spectaculaire. Il apparait comme un endroit hors du temps. Mais qui pourrait être amené à disparaître.

Le 16 mars dernier, la Chambre andorrane de commerce, d’industrie et de services (CCIS) a en effet dévoilé au public son projet visant à construire un aéroport international sur ce site naturel. Une vidéo de simulation présente un Airbus A320 survolant plusieurs villages montagnards. L’appareil se pose sur la piste d’atterrissage, à l’endroit même où repose actuellement l’ancienne cabane d’un vacher, désormais abandonnée. De luxueuses boutiques, telles Prada ou Chanel, ont pris la place des plantes et des arbres. Sur un parking, Mercedes, Lamborghini et autres voitures peuplent les environs, à défaut des animaux.

Et dire qu’il y a « quelques décennies, les troupeaux venaient paître dans ces tourbières.... », soupire le biologiste Marc Mossoll, inquiet de la menace qui pèse sur ce panorama. Près de lui, deux bergeronnettes grises s’amusent sur un rocher. La brise caresse les colchiques. Une rivière se faufile entre les sapins, parmi lesquels des personnes accroupies dans l’herbe ramassent de la salade sauvage, « très appréciée ici », et elles aussi menacées par le projet. (...)

« Cette zone humide regorge d’une multitude d’espèces animales et végétales »

Le défi technique est de taille. Culminant à près de 2 000 mètres d’altitude près de la frontière avec les Pyrénées-Orientales, l’aéroport pourrait voir le jour d’ici 2024 pour la somme de 344 millions d’euros. Capable de recevoir des Boeing 737, l’unique piste mesurerait 1 800 mètres de long pour 45 mètres de large. Un demi-million de passagers serait ainsi accueilli chaque année, en provenance de Russie, d’Asie et du golfe Persique.

« Je refuse que notre patrimoine naturel soit mis à sac par une élite financière qui traverse la planète en avion pour venir skier ici deux jours ! » Personnage imposant à la voix douce, Carles Iriarte préside l’Association andorrane de protection des animaux, des plantes et de l’environnement (Apapma). Avec Marc, il tente d’éveiller les consciences sur le désastre écologique que promet un tel projet (...)

« Il ne reste que deux mâles et deux femelles de grand tétras dans la zone. » (...)
En quinze ans, leur nombre a été divisé par deux en Andorre. Principale cause de ce déclin : les stations de ski, dont la superficie occupe 10 % de la Principauté et empiète sur leur territoire. L’ajout des nuisances sonores liées au futur aéroport pourrait bel et bien sonner le glas de cette fragile population. (...)

Un million de litres de kérosène dans le ciel d’Andorre (...)

En outre, de nombreuses questions relatives aux répercussions collatérales du projet restent sans réponse. Comment s’organisera la gestion des résidus ? Quelle consommation d’énergie représenteront les systèmes de dégivrage des pistes, indispensables dans de telles conditions météorologiques ? Quelle quantité de gaz à effet de serre sera rejetée par les camions acheminant le kérosène depuis la France ou l’Espagne ? (...)

Composée de citoyens désireux de faire du train le moyen de transport alternatif en Andorre, l’association AndRail a calculé l’empreinte carbone que représenteraient douze vols quotidiens (...)

Le petit pays pyrénéen n’est pas isolé des effets du dérèglement climatique. Au cours du dernier demi-siècle, il a enregistré une augmentation moyenne de la température de 0,36 °C par décennie. Face à ce constat, Sílvia Calvó Armengol, ministre de l’Environnement de la principauté, a présenté le 5 novembre 2020 la Stratégie nationale de l’énergie et de lutte contre le changement climatique. Cette feuille de route détaillait les mesures devant permettre le respect des engagements internationaux de neutralité carbone d’ici 2050. Parmi les trois principaux secteurs polluants pointés du doigt, figurait la mobilité. Un retournement de situation que la ministre, contactée par Reporterre, n’a pas souhaité commenter. (...)

« Ils disent vouloir planter des arbres pour compenser l’aéroport, souligne Marc, exaspéré. Mais ils n’y connaissent rien ! La régénération forestière se fait naturellement ici, des milliers d’arbres poussent chaque année. C’est réellement nul, du pipeau ! »

L’étude de faisabilité technique étant achevée, l’avenir de ce projet repose désormais entre les mains de l’actuel gouvernement de centre droit. Mais aucune loi ne lui impose de réaliser une étude d’impact environnemental avant le début de l’ouvrage. (...)

« Un projet aberrant, daté d’un autre siècle » (...)

De l’autre côté de la frontière, les élus français ont appris la nouvelle avec stupéfaction dans la presse locale (...)

Pour l’heure, les partisans de l’aéroport axent leur défense sur le besoin de consolider la souveraineté du pays. Un argument étonnant quand le capital envisagé pour financer les travaux provient de Turquie ou de Chine.