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Marie-Claude Saliceti
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Violences contre les femmes : leurs terribles conséquences sur la santé toujours insuffisamment prises en compte
Article mis en ligne le 7 mai 2018

Chaque année, en France, 225 000 femmes subissent des violences au sein de leur couple. Ces terribles statistiques ne sont que la partie visible de ces violences : troubles anxieux, alimentaires ou du sommeil, dépression, impact sur la sexualité, tentative de suicide... les effets psychologiques sont tout autant dévastateurs.

Et une grande majorité des femmes concernées ne sont pas accompagnées. Une véritable écoute, une meilleur formation des soignants, la création de réseaux de professionnels et l’attribution de moyens financiers adéquats permettraient d’améliorer considérablement leur situation. Enquête sur un problème majeur de santé publique. (...)

L’ampleur des violences commises contre les femmes commence – enfin – à apparaître au grand jour. Et le constat est terrible. À l’échelle européenne, une femme sur trois est victime de violences physiques ou sexuelles au moins une fois dans sa vie, depuis l’âge de quinze ans [1]. Une étude récente de la fondation Jean Jaurès, menée en France par le psychiatre Michel Debout, professeur de médecine légale et de droit de la santé, observe que 43% des répondantes ont subi des caresses ou attouchements sexuels sans leur consentement. 12% des femmes ont été violées, et 225 000 subissent des violences dans leur couple [2]. La plupart des femmes concernées subissent ces violences de manière répétitive, quand 53 000 Françaises ont également été victimes de mutilations sexuelles.

Cette prise de conscience progressive laisse encore largement dans l’ombre les effets produits par ces violences. « Leurs conséquences sur la santé des femmes sont considérables et bien réelles », observe Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes de France et co-auteur en 2014 d’un rapport national « pour l’amélioration de la prévention et de la prise en charge des femmes victimes de violences ». À court terme, 42% des femmes victimes de violence conjugales signalent ainsi des blessures. (...)

Énumérer les conséquences des violences sur la santé peut sembler désespérant et paralysant : une fatalité irréversible. Ce n’est pas le cas. Plus les victimes sont écoutées, reconnues, soignées et accompagnées par des professionnels formés, meilleur est leur état de santé. Or, la prise en charge des patientes n’est pas à la hauteur de ce problème majeur de santé public. 83% des victimes rapportent n’avoir jamais été reconnues, ni protégées. (...)

Le centre Hubertine Auclert ou la Mission interministérielle pour la protection des femmes victimes de violences (Miprof) proposent sur leurs sites Internet des kits de formation (livrets, flyers, vidéos) pour aider les soignants à mieux informer et orienter les victimes [4], et à pratiquer des gestes simples qui changent tout. Comme dire à une patiente « Je vous crois » ou « Vous n’y êtes pour rien ». Surtout, les soignants apprennent à dépister les violences derrière une demande de soins ou d’IVG, des troubles du sommeil ou de l’alimentation, un mal-être au travail ou une grossesse difficile. (...)

Aujourd’hui, faute de mieux, les victimes doivent se débrouiller. 10% seulement ont l’énergie, le temps, l’argent d’aller chercher un accompagnement psychologique ou le soutien d’associations spécialisées, qui font pourtant un travail remarquable sur le terrain. Selon Muriel Salmona, les victimes mettent en moyenne treize ans avant de trouver un professionnel formé. (...)