C’est la deuxième année que la mouvance d’extrême droite polonaise, patriotique, s’accapare le Jour de l’indépendance. Parmi ses modèles, le Front national français, qui a fait de la catholique Jeanne d’Arc son icône.
La « Marche de l’indépendance » est organisée par deux sections xénophobes, antisémites et homophobes : la Jeunesse polonaise (Młodzież Wszechpolska) et le Parti radical national (Obóz Narodowo-Radykalny).
(...) Dans le cortège s’affichent des émeutiers masqués aux couleurs de clubs de football, des croix celtiques et des symboles d’appartenance à l’ex-mouvance phalangiste. Leurs membres prônent la quête d’une Pologne blanche et souveraine. Ils veulent voir triompher une politique nationaliste, patriotique et anti-européenne autour de valeurs comme « la famille et Dieu ». (...)
Même si la Constitution polonaise autorise les rassemblements d’opinion, peu importe les idées défendues, la « Marche de l’indépendance » était un affront de trop pour le Collectif antifascisme du 11 Novembre. Il s’est consolidé l’année dernière, en réponse au premier défilé nationaliste dans les rues de la capitale. Le mot d’ordre est lancé : il faut bloquer les nationalistes, leur barrer la route. (...)
Les « bloqueurs » polonais – « antifa », pour antifascistes – sont tout aussi cagoulés et masqués que leurs adversaires, ils sont là pour les défier.
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La dictature stalinienne, les privations et l’oppression communiste ont eu raison de la gauche. Elle est marginalisée, voire bannie. Les dernières élections législatives lui ont laissé plus de voix, sans pour autant bouleverser la scène politique majoritairement acquise à la droite.
Alors la gauche antifasciste se sent seule, mais ne se démobilise pas. Dans ses rangs, deux mouvances : la sympathique et la belliqueuse. D’un côté, la Marche colorée des homos et féministes, de l’autre, les anarchistes d’extrême-gauche. Les deux marchent ensemble, mais avec des procédés différents. (...)
Le Jour de l’indépendance s’est terminé, à Varsovie, en émeute urbaine. Les forces de l’ordre ont arrêté 210 émeutiers, dont la moitié venait de l’étranger : le clivage extrémiste polonais fascine hors des frontières. Des néo-nazis allemands sont venus prêter main forte aux nationalistes polonais. Les antifascistes ont pu compter, eux, sur les anarchistes ukrainiens, biélorusses et russes, habitués aux rixes avec l’extrême droite.