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Alexandra Matvïitchouk et l’éthique de la dissidence
#AlexandraMatvïitchouk #guerreenUkraine #ethique #resistances
Article mis en ligne le 3 mars 2025

Alexandra Matvïitchouk, prix Nobel de la paix 2022, France Inter au lendemain de la rencontre ou plutôt l’affrontement Trump-Zelinsky dans le bureau Ovale à la Maison Blanche : "Il ne s’agira plus que de l’Ukraine, il s’agit de notre avenir commun. Moi, j’obéis à l’éthique de la dissidence."

Alexandra Matvïitchouk, vous êtes à la tête d’une ONG, le Centre pour les Libertés Civiles en Ukraine. Vous avez reçu le prix de Nobel de la Paix en 2022. Vous avez collecté un nombre incroyable de données sur les abus contre les Droits de l’Homme. Vous avez recueilli des preuves qui attestent des crimes de guerre russes en Ukraine. Vous disiez, iil y a peu de temps, avoir répertorié en deux ans de guerre totale plus de 80 000 crimes de guerre. Et la majorité de ces crimes ont été perpétrés à l’encontre de femmes et d’enfants, des victimes qui sont aujourd’hui les oubliés de cette guerre ?

Malheureusement oui, c’était la question que je posais pendant les discussions de paix. Parce que les politiciens parlent des minéraux, des territoires, mais ils n’ont pas parlé des gens, pas du tout. Et ça ne me convient pas. Il faut qu’on remette l’humain au centre de tout processus politique dans cette agression russe contre l’Ukraine. Parce qu’il nous faut trouver des réponses aux questions compliquées.
Il y a plus de 20 000 enfants ukrainiens séparés de leurs parents. Ils ont été déportés en Russie. Il y a des milliers et des milliers de civils qui sont détenus, hommes et femmes, pour des tortures d’une façon horrible. Les femmes ukrainiennes, quand elles sont en Russie, sont sans cesse menacées de viol. Nous ne pouvons pas les laisser seules à la torture et à la mort sous l’occupation russe. (...)

Vous êtes avocate. Vous avez accumulé ces preuves, ces éléments, dans l’espoir que les auteurs de ces crimes de guerre soient jugés un jour. Il y a un mandat d’arrêt de la Cour Pénale internationale qui vise Vladimir Poutine. Après ce qu’on a vu hier soir dans le bureau Ovale à la Maison-Blanche aux États-Unis, n’avez-vous pas le sentiment que Vladimir Poutine a gagné une forme d’immunité accordée notamment par le président Donald Trump ?

Je pense qu’il est certain que tout cela dépasse finalement la question de la Russie contre l’Ukraine. On a vu un nouveau signe hier soir qu’il y a un nouvel ordre qui est basé sur la défaite de la loi internationale. Si on ne s’unit pas et qu’on n’agit pas et qu’on ne fait pas quelque chose de décisif, on va se retrouver dans un monde qui sera dangereux pour tous, sans aucune exception.
Ce que Poutine veut prouver avec cette guerre, [c’est] convaincre le monde entier que la force militaire peut briser une frontière et dicter son agenda à toute la communauté internationale et que les frontières n’existent finalement plus. Si jamais il arrive à imposer ce signal dans n’importe quel endroit dans le monde, d’autres personnes s’y mettront ailleurs. Il ne s’agira plus que de l’Ukraine, il s’agit de notre avenir commun. (...)

Moi, j’obéis à l’éthique de la dissidence. J’ai grandi dans la dissidence ukrainienne qui a levé la voie contre la machine soviétique, avec courage. Toujours on m’a dit que ce n’est pas l’assurance que tout ira bien, mais l’espoir nous permet de comprendre que tous nos efforts ont une importance humaine énorme.