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France24/AFP
Allemagne : l’extrême droite provoque un séisme politique à l’est et fragilise Olaf Scholz
#Allemagne #extremedroite #antifascisme
Article mis en ligne le 3 septembre 2024
dernière modification le 2 septembre 2024

Les résultats record enregistrés par l’extrême droite dans deux élections régionales dans l’est du pays fragilise la position du chancelier allemand, Olaf Scholz, un an avant les élections législatives.

L’extrême droite allemande se pose comme incontournable après des résultats record dans deux élections régionales dans l’est du pays. Une situation qui fragilise davantage la coalition de centre gauche du chancelier allemand Olaf Scholz, un an avant les élections législatives.

"Il n’y aura plus de politique sans l’AfD", a prévenu Tino Chrupalla, le coprésident de ce parti anti-migrants, aux positions pro-russes, qui a remporté une victoire inédite dimanche.

L’Alternative pour l’Allemagne (AfD) devient la première force politique en Thuringe et talonne les conservateurs en Saxe, deux Länder de l’ex-RDA. Le parti d’extrême droite a aussitôt revendiqué de diriger la région où il est arrivé en tête avec 32,8 % des voix, selon les résultats provisoires. (...)

Son chef de file en Thuringe, Björn Höcke, l’une des figures les plus radicales de la formation, se dit "prêt à des coopérations", mais aucun autre parti ne veut s’allier avec lui.

Dans ce Land, qui avait été le premier à porter des nazis au pouvoir, en 1932, l’AfD pourrait disposer d’une minorité de blocage, lui permettant notamment d’empêcher la nomination de juges.

Le quotidien Tagesspiegel parle d’un "séisme politique à l’Est" ; le Süddeutsche Zeitung d’un "résultat alarmant pour les démocrates".

Outre l’AfD, les électeurs ont aussi plébiscité le nouveau parti BSW, très virulent contre l’immigration et qui exige l’arrêt des livraisons d’armes à l’Ukraine. Fondé avant les élections autour d’une personnalité de la gauche radicale Sahra Wagenknecht, il obtient 11,8 % en Saxe et 15,8 % en Thuringe. (...)

La Hongrie du nationaliste Viktor Orban a salué le succès de l’AfD (...)

Les scores de l’extrême droite dans ces régions où elle s’est enracinée ces dix dernières années constituent un nouveau revers pour les trois partis de la coalition au pouvoir, sociaux-démocrates, verts et libéraux, avant les législatives de septembre 2025.

Aux élections européennes de juin, ils avaient été sévèrement battus par l’opposition conservatrice et l’extrême droite. (...)

De quoi craindre le pire pour l’élection régionale qui se tiendra le 22 septembre dans le Brandebourg, le Land autour de Berlin, actuellement dirigée par les sociaux-démocrates.

L’exécutif paie le mécontentement d’une partie de l’opinion publique, nourri par l’inflation ou encore la transition écologique que tente de mettre en place le gouvernement, sous l’impulsion des Verts. Les disputes continuelles au sein de cet attelage tripartite ne font qu’alimenter son impopularité. (...)

Fragmentation du paysage politique

À la déroute annoncée par les sondages s’est ajouté l’impact de l’attentat qui a fait trois morts fin août à Solingen (Rhénanie-du-Nord-Westphalie, à l’Ouest). L’auteur présumé, un réfugié syrien de 26 ans, aurait dû être expulsé, ce qui a relancé le débat sur l’immigration.

Les Verts sortent du parlement de Thuringe, n’étant pas parvenus à dépasser le seuil des 5 % nécessaires. Ils se maintiennent de peu en Saxe.

La percée spectaculaire du parti BSW ajoute à la fragmentation du paysage politique. Le mouvement tente de combiner politiques économiques de gauche et conservatisme sur les questions de société comme l’immigration et l’environnement.

Il va se poser en faiseur de rois dans la formation des gouvernements locaux. Son résultat pourrait avoir des répercussions bien au-delà des frontières régionales (...)

Lire aussi :

 (Mediapart)
À Dresde, à la veille de l’élection, une grande technoparade pour dire non à l’extrême droite

(...) De la techno contre les « fachos » et les « nazis ». Du son puissant et de la danse pour se donner du courage avant les résultats du scrutin du lendemain, où le parti d’extrême droite AfD a de grandes ambitions en Saxe, mais aussi en Thuringe voisine.

Samedi, des milliers de personnes, parmi lesquelles beaucoup de jeunes, ont parcouru la capitale du Land, Dresde, sur les deux rives de la ville, pendant des heures, derrière 17 camions. Chacun représente une lutte spécifique : droits humains, féminisme, LGBTQI, inclusion, protection animale, logements abordables et bien sûr combat antifasciste. (...)

Sur l’un d’eux est marqué en grand « Nous sommes le pare-feu », le slogan des grandes manifestations du début de l’année suscitées par les révélations du média d’investigation allemand Correctiv (partenaire de Mediapart) sur les projets de l’AfD de « remigrer » des millions de citoyens et citoyennes. Sur un autre, « Aucun décibel pour les nazis » ou « Pas de dancefloor pour les nazis ».

Cette techno parade, baptisée « Tolerade », a été lancée il y a près de dix ans en réponse aux rassemblements de Pegida (Patriotische Europäer gegen die Islamisierung des Abendlandes – Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident), un mouvement qui dénonçait l’« islamisation » de l’Allemagne et se réunissaient tous les lundis. C’est de Dresde qu’était partie cette protestation d’extrême droite, dont les thèmes sont désormais repris par l’AfD (Alternative für Deutschland, Alternative pour l’Allemagne). (...)

Depuis, le rendez-vous est devenu incontournable pour celles et ceux qui luttent contre la montée de l’extrême droite dans l’est de l’Allemagne. Quelque 70 associations ou collectifs y participent. Cette année est particulière. Normalement, l’événement se déroule au mois de mai, « mais étant donné que les élections vont être si importantes, nous avons décidé de la déplacer à la fin août », explique Lennart. « Nous voulions prendre position juste avant le scrutin et donner aux gens de la confiance. Même si demain est une journée horrible, nous serons toujours là. Nous serons toujours bruyants. Nous continuerons à nous soutenir mutuellement, à nous protéger les uns les autres. Même si ça se passe mal demain, il est hors de question que nous restions silencieux », poursuit-il.

L’année a aussi été marquée par des violences et des agressions. (...)