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France Info
Après le suicide de sa fille, un père appelle l’État à agir pour les étudiants vétérinaires
#etudiantesveterinaires
Article mis en ligne le 28 janvier 2026
dernière modification le 24 janvier 2026

Trois jeunes femmes – deux étudiantes et une enseignante – ont mis fin à leurs jours depuis la rentrée à l’École nationale vétérinaire d’Alfort. Le père d’une étudiante qui s’est suicidée en septembre demande au Premier ministre des mesures d’urgence.

Il a perdu sa fille. Mais il parle pour les vivants. La cellule investigation de Radio France a recueilli le témoignage du père d’une étudiante qui s’est suicidée en septembre, alors qu’elle venait de débuter son internat, après avoir effectué l’ensemble de son cursus au sein de la prestigieuse école, qui forme chaque année près de 900 élèves et abrite l’un des plus grands hôpitaux vétérinaires du pays, où plus de 40 000 animaux sont soignés chaque année.

(...) Selon nos informations, depuis la rentrée, trois jeunes femmes – deux étudiantes et une enseignante de cette institution – ont mis fin à leur jour. Dans un courrier, adressé mercredi 21 janvier 2025 au Premier ministre Sébastien Lecornu, le père de la jeune femme demande une intervention urgente des pouvoirs publics pour mettre un terme à cet enchaînement mortifère (...)

Un constat "alarmant"

Car la détresse psychologique au sein des écoles vétérinaire, à l’instar de celle de la population vétérinaire en général, est aujourd’hui largement documentée, et même chiffrée. Un rapport de mai dernier(Nouvelle fenêtre), commandé par les quatre écoles nationales vétérinaires – Alfort, Lyon, Nantes et Toulouse – en dressait un constat "alarmant" selon son auteur, Didier Truchot, professeur émérite à l’université Marie‑et‑Louis‑Pasteur.

Cette étude s’appuie sur un questionnaire anonyme auquel ont répondu près de 1 600 étudiants, soit presque la moitié des effectifs. Les résultats sont glaçants et révèlent une détresse profonde (...)

Contactée, la direction de l’École vétérinaire d’Alfort explique que "les étudiants de l’école et l’ensemble de son personnel sont bouleversés par les drames qui ont touché des membres de sa communauté". L’ENVA assure avoir "renforcé ses dispositifs de soutien psychologique" (...)

Interrogée sur ICI Cotentin, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a indiqué qu’"Évidemment, s’il y a dans les conditions d’apprentissage des éléments d’explication, il faudra qu’on se penche très sérieusement sur cette situation. Ce n’est pas admissible que des jeunes gens, dans le temps de leur formation, puissent connaître une telle situation de désespoir qui les pousse à un geste fatal. Y a-t-il eu des éléments particuliers dans la vie de ces jeunes qui motivent leur geste ?(Nouvelle fenêtre) Est-ce que c’est effectivement lié aux conditions d’apprentissage ? À ce stade, je ne peux rien dire ni mettre en cause qui que ce soit", affirme la ministre. (...)

Lire aussi (10 novembre 2025) :

Discrimination sexiste, propos obscènes, dénigrement... La justice saisie après des accusations de harcèlement à l’École vétérinaire d’Alfort

Selon la Cellule investigation de Radio France, le parquet de Créteil a ouvert une enquête préliminaire visant l’École nationale vétérinaire d’Alfort après une plainte pour harcèlement moral et discrimination sexiste. Après le suicide d’une jeune interne à la rentrée, étudiants et enseignants dénoncent un climat délétère.

beaucoup estiment que ce drame doit être entendu comme une alerte, et appellent à des changements profonds dans le fonctionnement de l’école. Ainsi, lors d’une réunion début septembre, une salariée de l’hôpital lit devant une dizaine de personnes un texte qu’elle a rédigé : "J’ai besoin de parler de ce qui s’est passé. Il n’est pas exclu que le monde vétérinaire, et l’hôpital, aient pu jouer un rôle dans ce drame, et peu importe l’importance de ce rôle, même infime, c’est trop et ce n’est pas acceptable".

Elle poursuit : "Il est bien connu que le monde vétérinaire présente un taux de suicide trois fois plus élevé que la population générale. Comme ces vétérinaires sont formés à l’école, il est évident que nous avons un rôle à jouer. L’idée n’est pas de blâmer quelqu’un, car nous sommes tous issus de ce système toxique, qui nous broie, nous rappelle qu’on n’est jamais à la hauteur, jamais assez investi, assez compétent, assez disponible, jamais assez tout court. Il faut changer ce système".

Surrisque de suicide

Le surrisque de suicide au sein de la population vétérinaire(Nouvelle fenêtre) est effectivement largement documenté, et l’école de Maisons-Alfort a déjà été confrontée à plusieurs situations similaires. Pourtant, selon la Cellule investigation de Radio France, de nombreuses alertes remontent depuis plusieurs années sur des dysfonctionnements internes liés au stress, à la surcharge de travail, aux pratiques managériales et à des situations de harcèlement. Transmis à la direction de l’établissement et au ministère de l’Agriculture, ces signaux ont rarement donné lieu à des mesures tangibles, laissant perdurer des conditions susceptibles d’avoir des conséquences dramatiques.
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