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Mediapart
Avant le vote de confiance à Bayrou, le camp du « compromis » tourne en rond
#Bayrou #Macron #compromis
Article mis en ligne le 31 août 2025
dernière modification le 30 août 2025

Les soutiens de l’exécutif, rassemblés en Saône-et-Loire à l’invitation de Jean-Michel Blanquer, ont profité de l’occasion pour exhorter les « partis de gouvernement » au compromis et aux concessions. Au nom de l’intérêt supérieur du pays, ils estiment qu’il faut aider le premier ministre à faire passer son budget.

Ces derniers jours, les couloirs de la salle de spectacle de la ville d’Autun avaient des faux airs de séminaire gouvernemental. Les universités d’été du Laboratoire de la République, think tank de Jean-Michel Blanquer qui met toute son énergie à combattre le « populisme », « l’islamisme politique » et le « gauchisme antinational », ont accueilli plusieurs membres du fragile gouvernement de François Bayrou et des rares forces politiques qui le soutiennent.

Pas moins de neuf ministres ont ainsi fait le déplacement tout au long des trois jours de rendez-vous, parmi lesquel·les Bruno Retailleau, qui a fait l’aller-retour en coup de vent pour un débat avec Jérôme Guedj. Gérald Darmanin et Sébastien Lecornu, un temps annoncés, ont finalement été retirés du programme mais Manuel Valls, Aurore Bergé ou Astrid Panosyan-Bouvet – entre autres – ont répondu présent.

Du côté des soutiens du gouvernement, le raout a également accueilli de nombreux cadres du parti Les Républicains (LR), tels Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, François Baroin ou Guillaume Larrivé, mais aussi deux anciens premiers ministres, Édouard Philippe et Bernard Cazeneuve. (...)

L’occasion, pour ces partisans autoproclamés de « la raison » et du « compromis », de se persuader qu’il existe une voie de passage pour poursuivre les politiques et les pratiques ayant conduit à la situation de blocage actuelle. Les noms de successeurs potentiels de François Bayrou, glissés à longueur de journée à Autun, sont donc logiquement les mêmes qu’avant sa nomination et même celle de son prédécesseur, Michel Barnier.

« Un arc de Jérôme Guedj à Bruno Retailleau »

En attendant le vote de confiance du 8 septembre, la grande majorité du panel a d’abord appelé à soutenir le premier ministre face à au « risque historique » auquel la France ferait face. (...)

Un peu plus tôt, le président de LR et ministre de l’intérieur Bruno Retailleau tentait de justifier auprès de ses propres militants son appel à soutenir François Bayrou, au nom de l’urgence dans « une France au bord du gouffre financier » – un élément de langage martelé à longueur de journée. Face à lui, le député socialiste Jérôme Guedj s’est employé à vanter sa culture « du compromis », sur les sujets budgétaires et fiscaux notamment, tout en revendiquant être « un socialiste qui n’a plus confiance » dans ce gouvernement. (...)

« Le compromis, c’est un défi que je défendrai bec et ongles, car c’est le seul chemin », a-t-il lancé, appelant les forces politiques à « se départir des postures, y compris à gauche ». Pour illustrer son propos, le député socialiste a entrepris, au cours d’un débat d’une heure sur la panne de l’intégration en France, d’assumer « des positions disruptives avec l’angélisme de gauche ».

« Je ne suis pas un sans-frontiériste, je suis un régulationniste », a-t-il affirmé face à Bruno Retailleau, avant de rejeter les notions de « racisme d’État » ou de « racisme systémique » et de revendiquer son attachement « à la police, à la gendarmerie, à l’autorité, car c’est la condition de la concorde ». Pour le plus grand plaisir de son interlocuteur du jour, qui a conclu sur ces mots : « Au moment où Jean-Luc Mélenchon veut enfermer les préfets et où les Insoumis disent que la police tue, bravo à ceux à gauche qui résistent ! » (...)

Sur les ratés du macronisme, Édouard Philippe a longuement regretté « la funeste décision de dissoudre en 2024 », laquelle a selon lui abouti à une situation où « il ne peut pas y avoir de mesure d’importance, de gouvernement efficace ». Bernard Cazeneuve a de son côté pointé la « pente narcissique » de la vie politique et « la verticalité sans délibération » pour mieux regretter la méthode de François Bayrou… tout en appelant à le soutenir pour sortir du blocage, au nom de l’intérêt supérieur du pays – une autre ritournelle du rendez-vous.

À écouter les deux hommes, il faudrait donc sauver l’actuel premier ministre pour sauver la France. (...)

L’un comme l’autre n’ont en revanche pas oublié de penser au futur, dessinant leurs propositions pour la prochaine élection présidentielle dans un exercice d’équilibriste résumé par Édouard Phillipe, qui a appelé à être « parfaitement lucide sur ce qui se passe et extrêmement optimiste » pour l’avenir.