Tandis que la République islamique d’Iran impose depuis plus de cinq jours un huis clos total à la population, certains Iraniens ont réussi à sortir du pays. Ils racontent avec effroi et un profond chagrin les horreurs qu’ils ont vues et estiment que cette fois-ci la fin du régime est proche.
« Ce que j’ai vu là-bas est incroyable, cela n’a rien à voir avec les précédents mouvements, cette fois-ci c’est différent, cette fois-ci c’est une révolution », affirme Leila* de retour de Mashhad. Alors que l’Iran est coupé du monde depuis près de cinq jours et que les images qui parviennent au compte-goutte sur les réseaux sociaux montrent une répression féroce et des milliers de morts, cette jeune femme aujourd’hui basée à Istanbul souhaite par son témoignage donner espoir aux Iraniens de l’étranger, pour la plupart sans nouvelles de leurs proches.
« Là où l’on se trouvait, l’électricité était coupée, il y avait de la fumée et du feu. Dans tous les coins de rue, des gens criaient des slogans depuis les toits. Certains habitants avaient laissé leur porte ouverte pour permettre à d’autres de s’abriter. Ça donne un sentiment particulier, je sais pas comment le dire, c’est comme les jours qui précèdent Nowrouz [le Nouvel An du calendrier persan, NDLR]. Tu es sûre que ça va marcher cette fois mais en même temps c’est flippant », raconte-t-elle.
Les victimes du régime en augmentation (...)
Tirs à balles réelles et mitrailleuse
Parvaneh* est également rentrée à Paris depuis Téhéran : « Les bruits des tirs et des mitrailleuses se faisaient entendre parfois sans interruption », décrit-elle. « Dans la rue du quartier de ma mère, la mairie a complètement été brulée. La même nuit, les forces de sécurité ont tiré sur des personnes à la mitrailleuse depuis le toit du poste de police. Les téléphones ne fonctionnaient pas. On ne pouvait même pas envoyer de messages. On recevait juste des SMS de Khamenei.ir et du 110 [la police iranienne, NDLR] qui disaient comment dénoncer "les terroristes armés" à la police », raconte-t-elle. (...)
Des Iraniens « de plus en plus en colère »
Depuis Berlin, Kiarash raconte avoir finalement réussi à sortir du pays en prenant un vol de Qeshm Air vers Istanbul : « J’étais stressé, j’avais peur qu’on ne me laisse pas partir, j’ai effacé tout ce que j’avais sur mon téléphone », affirme-t-il. Un réflexe qu’a également eu Leila : « J’ai même désinstallé Instagram », précise-t-elle. Pour Parvaneh aussi le retour a été éprouvant : « Traverser la frontière iranienne, c’était comme mourir. Comme si tu laissais dans la tempête tout ce que tu as de plus cher dans le monde. L’avion décolle et tu perds toute connexion avec ce monde-là… Comme si tu mourais », explique-t-elle bouleversée. (...)
« Dans les rues, j’ai vu des hommes et des femmes plus jeunes et plus vieux que moi. Tous sacrifient leur vie. Ils se battaient pour nous, pour un Iran libre, la moindre chose qu’on puisse faire, c’est d’être leur voix » (...)